Transformation

A Lausanne, on rêve du Capitole en capitale du cinéma

Le législatif lausannois se prononce mardi soir sur un crédit pour l’extension de la mythique salle. La Cinémathèque veut y installer une deuxième salle de projection

A Lausanne, un par un, les cinémas indépendants ont fermé leurs portes. L’hécatombe a commencé par le Métropole en 1988, puis le Bourg en 2001, les Palaces, le Lido, l’Eldorado, l’Athénée en 2003, le Romandie en 2004, et enfin le Ciné Qua Non, le Richemont et enfin l’Atlantic, en 2011. A deux pas de l’Opéra, Le Capitole est l’exception, lui qui poursuit son destin culturel lié au cinéma.

Mardi soir, le conseil communal lausannois votera le crédit d’étude de sa réfection et de sa transformation qui pourront démarrer, si tout va bien, en 2018. La nouvelle feuille de route culturelle proposée par la Municipalité, estimée à 1,3 millions de francs, n’est pas contestée.

La tâche de continuer à faire vivre cette salle historique a été confiée à la Cinémathèque suisse, dirigée depuis 2009 par Frédéric Maire, ancien directeur du Festival de Locarno. «Nous voulons creuser une seconde salle de près de deux cents places au sous-sol. Nous devrions pouvoir abattre le plafond du hall d’entrée pour en faire une verrière, entourée d’une mezzanine. À l’étage se trouveraient une médiathèque, une boutique et un café. Cette salle doit rester accessible aux Lausannois… après tout, un certain nombre d’entre eux y ont été conçus…», sourit Frédéric Maire.

Une maison des films

Le magasin Karloff, caverne d’Ali Baba des cinéphiles à Lausanne, déménagerait aussi là. «L’idée est de créer un véritable lieu de vie du cinéma,» s’enthousiasme le directeur. La salle Paderewski sise dans le Casino de Montbenon et appartenant également à la Cinémathèque suisse continuera à accueillir des séances scolaires. Les professionnels pourront également s’en servir pour venir y faire leurs tests de projection.

Pour financer les coûts finaux qui sont estimés entre 13 et 15 millions, la ville prévoit de créer la Fondation Capitole, afin d’entreprendre une campagne de recherche de fonds. Le canton et la Confédération seront appelés à participer aux frais.

Le Capitole à Lausanne, c’est donc un film comme on les aime, une histoire qui finit bien. Son enseigne graphique rouge sur fond vert datant du début du siècle dernier conserve un petit côté cinema paradiso dont Lucienne Schnegg, gardienne du lieu, tiendrait le rôle d’Alfredo, le projectionniste enflammé du film de Giuseppe Tornatore.

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La petite dame du Capitole

Construit en 1928, le Théâtre Capitole a toujours été le plus grand cinéma de Suisse, avec 1100 places d’abord, puis 867 après rénovation en 1959. Mademoiselle Schnegg, jeune Jurassienne férue de grand écran y entre en 1949 pour ne jamais quitter le lieu dont elle deviendra la figure marquante. Dédiée à son cinéma, l’histoire veut qu’à deux reprises, elle ait refusé sa main à des prétendants, pour consacrer sa vie au Capitole. Jacqueline Veuve dédiera d’ailleurs un film à cette dévorante passion.

Après la guerre, fleurissent les belles années. Les gens sortent beaucoup. Les séances étaient mondaines et le public venait en tenue de soirée. Les placeurs, barmen et concierges, eux, travaillaient en uniforme. Les soirs de grande première, la foule qui déborde sur la route empêche les voitures de circuler sur l’avenue du théâtre. «Les gens achetaient le mercredi leur billet pour la séance du vendredi soir, sans même connaître le titre du film!», rappelle André Chevallier, retraité de la Cinémathèque, qui compte 30 000 films visionnés à son actif. «Aller au cinéma relevait de la vie sociale, on sortait ensuite prendre un verre à la terrasse de l’Hôtel de la Paix…» Souvenirs d’une vie lausannoise.

Un avantage américain

Lucienne Schnegg, qui avait de bons rapports avec «les Américains», obtenait des films par United International Pictures, faisant ainsi du Capitole la salle hollywoodienne de la ville. En 1982, 84 000 spectateurs viennent voir E.T., qui reste 14 semaines à l’affiche.

Face à l’apparition des multiplexes, la petite dame ne désarme pas. À la fin de sa vie, elle insiste pour que son cinéma demeure: la Ville de Lausanne le lui rachètera 2,5 millions de francs en 2010, cinq ans avant sa mort, pour y installer la Cinémathèque suisse. «S’il fallait en sauver un, c’était celui-là», assure Fabien Ruf, chef du Service de la culture: «Incontestablement, l’attachement des Lausannois à ce site et à sa propriétaire a influencé le choix de la Municipalité.»

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