Libéraux-radicaux

Johanna Gapany, la jeune bête politique qui grimpe

La Bulloise brigue la co-présidence des Jeunes libéraux radicaux suisses. Portrait d’une femme dont l’ascension est rapide

Johanna Gapany arrive pile à l’heure. Ce qui n’est pas étonnant: la jeune femme a la réputation d’être organisée et perfectionniste. Il faudrait ajouter à la liste spontanée et bavarde. Elle déroule son parcours et ses idées sans hésiter, sourire aux lèvres en prime. Un vrai bolide. Et si on ne la ramenait pas parfois à la question, on serait toujours en train de disserter sur les libertés individuelles, la cohésion sociale, l’aménagement du territoire, les conditions-cadres pour l’économie, la conciliation entre vie privée, vie professionnelle et vie politique, Margaret Thatcher, et la difficulté d’apprendre l’allemand.

Assurément, avec cette Bulloise pure sucre, candidate, le 11 mars prochain, à la co-présidence des Jeunes libéraux-radicaux suisses (JLRS), on peut parler de tout sans bailler. Car elle l’avoue: «Je ne suis pas une intellectuelle. Par exemple, je ne lis pas les argumentaires de campagne. J’aime discuter avec les gens, apprendre de leurs expériences et points de vue, puis me forger ma propre opinion», explique-t-elle, assumant son passé d’élève très moyenne, qui n’aimait pas les livres.

Et c’est ainsi qu’elle grimpe, qu’elle grimpe. Et qu’on l’imagine facilement suivre les traces d’un Philippe Nantermod en Valais ou d’un Pierre Maudet à Genève, qu’elle cite d’ailleurs en exemple. «Il a tout de même osé présenter sa propre réforme de l’armée. Il faut le faire», rappelle-t-elle. Quant à Philippe Nantermod, qui a également co-présidé les JLRS, il relève toutes les qualités de la Fribourgeoise: «Elle est nettement moins rentre-dedans que moi. Elle sait arrondir les angles, créer le consensus autour d’elle et bénéficie d’un soutien très large. Mais attention, on ne la manipule pas si facilement». Le Valaisan pense que Johanna Gapany fera sa trace. «Présider les JLRS peut aider une carrière. Ce poste offre une visibilité en Suisse romande, permet de participer aux discussions du PLR suisse et c’est aussi un moyen de lancer des ballons d’essais politiques, comme je l’ai fait en m’opposant au prix unique du livre».

«Il cultive le débat d'idées»

En l’état, à 27 ans, le parcours politique de Johanna Gapany est déjà bien entamé. Il commence par une vaste réflexion, alors qu’elle a seize ans. «En famille, on ne parlait jamais de politique. Par contre, nous étions très présents dans les sociétés locales et je me suis mise naturellement à réfléchir à mes propres envies. Dans quoi est-ce que j’avais envie de m’engager? J’aime le contact, je suis curieuse, alors j’ai fait une tournée des partis politiques pour voir lequel me correspondrait le mieux».

Le PS, très en vogue en Gruyère avec la locomotive Christian Levrat? «Non, je me suis vite rendu compte que mon slogan, c’est plutôt: tu peux réussir! Le PS a trop tendance à considérer que les gens sont des victimes et veut équiper tout le monde d’une trousse médicale et d’un défibrillateur pour affronter les difficultés». Johanna Gapany s’est aussi pointée à l’UDC. «Mais l’UDC n’est pas un parti de droite. C’est un parti d’opposition» estime-t-elle. Ce sera donc le PLR, qui lui correspond. «Car il cultive le débat d’idées, fait preuve d’ouverture d’esprit, défend l’économie et les libertés individuelles».

Premiers pas: Johanna Gapany intègre la section universitaire des Jeunes libéraux-radicaux. Puis ce sera les Jeunes libéraux-radicaux fribourgeois et la présidence de la section cantonale en 2010. En 2012, elle entre au Conseil général (législatif) de Bulle et devient la même année vice-présidente des Jeunes libéraux-radicaux suisses. En ce moment, à quelques jours du renouvellement de la présidence des JLRS, elle est aussi en pleine campagne pour les élections communales, qui ont lieu le 28 février en terres fribourgeoises, où elle vise cette fois l’exécutif bullois.

«Ma mère m’a rappelé qu’enfant, j’avais dit un jour que plus tard, je voulais être présidente de la Confédération, raconte-t-elle. Mais aujourd’hui, ce n’est pas du tout mon rêve. Mon rêve serait plutôt de pouvoir concilier vie privée, vie professionnelle et vie politique». Directrice de marketing de la société Ohbox, qui commercialise notamment des coffrets-cadeaux, Johanna Gapany jongle: «Je n’ai quasi pas le temps d’avoir une vie privée, avec des loisirs. En matière de conciliation, je ne suis vraiment pas le bon exemple. Je n’ai pas un soir de libre ou un week-end sans rien à mon agenda». Et d’avouer que si elle est organisée dans toutes ses activités, ce n’est absolument pas le cas chez elle. «Mais comme je n’y suis que rarement, ce n’est pas le bordel car je n’ai pas le temps d’en faire. Dans ma voiture par contre, c’est autre chose».

Génération cobaye

Et d’avouer qu’au départ, elle ne s’intéressait pas à la présidence des JLRS. «Je voulais même me retirer car j’ai bientôt 28 ans. Mais on m’a sollicitée car la section manque de francophones et qu’il faut être plus présent en Suisse romande». Alors va pour une co-présidence avec le Zurichois Andri Silberschmidt.

Clin d’oeil à son prédécesseur Philippe Nantermod, Johanna Gapany admet que l’initiative «No Billag», lancée par des membres des JLRS et soutenue officiellement par la section, n’est pas sa priorité. «Je préfère la politique lorsqu’elle défend des solutions constructives. Cette initiative ne présente pas d’alternatives et je n’ai moi-même pas mieux à proposer que l’actuel système de redevances», explique-t-elle.

Ce n’est pas la première fois qu’elle est en porte-à-faux. En 2011, elle défendait ouvertement l’initiative contre les armes à feu à domicile, contrairement à l’avis de son parti. Et elle-même a lancé à Fribourg une motion populaire visant à abolir l’impôt ecclésiastique, laquelle n’a pas été soutenue par les députés PLR.

A la tête des JLRS, Johanna Gapany souhaiterait mettre les grands thèmes actuels à l’ordre du jour, et pas seulement les idées des jeunes pour les jeunes. «Nous sommes un peu la génération cobaye. La société vit de profondes mutations et la politique doit accompagner ce changement. Il s’agit de notre avenir»! Avec une première priorité à l’agenda: la prévoyance vieillesse.


 

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