Nationalité

Les secondos se tournent vers le passeport suisse

Dans un climat d’incertitude autour du statut de résident, de plus en plus de ressortissants de l’Union européenne s’intéressent aux conditions d’obtention d’un passeport rouge à croix blanche

En 2015, 40 888 personnes ont obtenu la nationalité helvétique, contre 33 325 en 2014, selon les données du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), soit une hausse de 23% en l’espace d’un an. C’est un renversement de tendance, puisque les naturalisations étaient plutôt à la baisse depuis 2006. Dans certains cantons, les chiffres restent stables, comme pour Vaud (4600 en 2015 contre 4400 en 2014). A Zürich, le nombre de nouveaux Suisses est passé de 7750 en 2014 à 9633 l’an dernier. La hausse a été beaucoup plus marquée à Genève (5971 en 2015, contre 2238 en 2014). Les principaux intéressés sont Italiens, Allemands, Portugais et Français. Beaucoup d’entre eux sont des secondos.

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Etienne Piguet, professeur à l’institut de géographie de l’université de Neuchâtel, explique cette tendance par l’incertitude autour du statut de résident des ressortissants de l’UE, exacerbé par un climat général de restriction. En cause: l’approbation de l’initiative UDC contre l’immigration le 9 février 2014, mais aussi la révision de la loi sur l’asile, qui doit entrer en vigueur en 2017 et durcit certaines conditions d’obtention de la nationalité suisse (seuls ceux possédant un permis C pourront entreprendre une procédure). «Pour les détenteurs d’un permis de séjour, la possible résiliation des accords de libre-circulation avec l’UE suite au 9 février 2014 équivaudrait à la perte de certains droits, comme celui de revenir en Suisse après un séjour à l’étranger», précise le chercheur. La perspective d’une approbation de l’initiative UDC sur l’expulsion des criminels, le 28 février, ne fait qu’ajouter au doute.

Deux fois plus de demandes à Lausanne

Le regain d’intérêt pour les démarches en vue d’une naturalisation s’observe aussi très récemment à l’échelle des villes, surtout de la part des jeunes de la seconde ou troisième génération. La tendance est nette à Lausanne. L’an dernier, 436 jeunes scolarisés en suisse ont déposé une demande de naturalisation facilitée, contre 252 en 2014, soit près du double, indique Sylviane Rochat, responsable du bureau des naturalisations de la ville. La capitale vaudoise a déjà enregistré 68 requêtes en vue d’une naturalisation facilitée depuis le début de l’année 2016. Pour les procédures ordinaires, la hausse est plus modeste: 526 demandes en 2014, contre 610 en 2015.

Zürich note une nette hausse en janvier (+40%) de demandes d’information pour les procédures en vue d’une naturalisation, en comparaison avec la même période de l’an dernier, indique Claudia Grando, cheffe de la communication à la ville. Quant aux requêtes effectives, elles s’élèvent à 221, en légère augmentation par rapport à la moyenne des demandes mensuelles de naturalisation pour 2015 (198). A Berne aussi, davantage d’étrangers se préoccupent de leur statut. Chaque semaine, 65 personnes se rendent au guichet pour s’informer au sujet des procédures de naturalisation, contre 50 en moyenne à la même période de l’an dernier (+20%). Les intéressés posent des questions, réclament un formulaire, mais ne vont pas forcément jusqu’à déposer une demande de naturalisation, précise Alice Späh, porte-parole.

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