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Renvoi des étrangers criminels: «Ce n’est qu’un demi-échec pour l’UDC»

Pour le politologue Oscar Mazzoleni, la force de frappe du parti reste intacte. Car les initiatives sont aussi des «moyens de pression». L’UDC continue à dicter l’agenda politique en imposant ses thèmes

Un «sursaut citoyen», une «dynamique incroyable» qui représentent une «claque magistrale» pour l’UDC, signe que les slogans simplistes et émotionnels ne font plus recette? Oscar Mazzoleni ne croit pas que cet échec marque la «fin d’une ère». Politologue à l’UNIL et spécialiste de l’UDC, il s’en explique.

La mobilisation exceptionnelle de la société civile contre l’initiative, du quasiment jamais vu depuis 1992, s’est finalement vérifiée dans les urnes. Vous étiez sceptique il y a une dizaine de jours, ne pensant pas qu’elle pourrait être décisive, mais vous vous êtes trompé. Que retenez-vous de cette claque pour l’UDC?

Ce n’est qu’un demi-échec pour l’UDC. Cette mobilisation, inattendue, intervient certes après une série de succès pour l’UDC, et il est intéressant de constater qu’elle ne regroupe pas les acteurs habituels des campagnes référendaires. Mais on pense généralement que les acteurs politiques ont pour but de faire 50% de résultats positifs ou plus, alors qu’une initiative est aussi un moyen de pression, pour influencer le débat. Prenons le 9 février 2014 et l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse»: le parti n’avait pas forcément pour ambition de modifier la constitution.

Vous ne pensez donc pas que ce résultat marque un tournant pour l’UDC? Et que sa force de frappe est en train de stagner, voire de diminuer?

Pas forcément. Avec sa première initiative de 2010 sur le renvoi des criminels étrangers, l’UDC a réussi à imposer certaines de ses revendications, sauf la question de l’automaticité bien sûr. Même si le parti a décidé de relancer une deuxième initiative estimant que la volonté populaire avait été trahie, il a réussi à obtenir un durcissement, à pousser le parlement à aller dans sa direction. C’est ce qui fait sa force. L’UDC garde une capacité à influencer durablement le système politique suisse, sans forcément toujours gagner dans les urnes. Elle a aussi réussi à susciter une forte mobilisation et participation, plus importante qu’en 2014. Et puis, l’UDC a su faire de la thématique des étrangers criminels, un thème majeur. Elle influence l’agenda politique.

Certes. Mais les recettes du parti semblent moins fonctionner. Le canton de Zurich a par exemple voté à plus de 66% contre le texte, alors qu’il avait approuvé le premier texte à 50,8%. Comment expliquer un retournement pareil? Une lassitude face aux slogans agressifs du parti? Une prise de conscience des conséquences importantes sur les plans juridiques et diplomatiques qu’aurait signifié un oui?

On se rend compte que l’opinion sur des thèmes liés à la criminalité ou à la migration est bien plus volubile que l’on peut penser. Et réussir, à travers une mobilisation extraordinaire, à emmener plus de citoyens aux urnes, peut faire la différence. Avec une coalition large, qui dépasse les partis politiques et les associations habituellement engagés dans les campagnes.

Le recours aux réseaux sociaux a-t-il été déterminant dans cette campagne?

Ces nouvelles formes de mobilisation sont importantes et prennent de l’ampleur. Mais l’impact réel des réseaux sociaux sur ce type de score est encore difficile à mesurer.

L’UDC a sorti des slogans absurdes en fin de campagne, comme «Protégeons nos femmes et nos enfants!». Une erreur?

C’était clairement un slogan qui avait pour but de resserrer les rangs, moins de chercher des voix au-delà de son cercle habituel, contrairement au clip pour les élections fédérales, qui avait un ton bien différent.

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