Energie

Mühleberg s’arrête fin 2019, le nucléaire survit

Les BKW annoncent la date de la mise hors service de leur centrale, en décembre 2019. Beznau I, gérée par Axpo, 
est à l’arrêt depuis huit mois. Le Conseil national renonce à limiter la durée de vie des autres installations

Ce n’est pas un hasard: les Forces motrices bernoises (BKW) ont choisi le jour du débat sur la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) au Conseil national pour annoncer la date de la fermeture de la centrale nucléaire de Mühleberg. Ce sera le 20 décembre 2019.Les BKW ont pris la décision d’arrêter leur réacteur en 2013. L’entreprise s’est convaincue que l’ampleur des travaux de rééquipement et les bas prix du marché de l’électricité ne justifiaient pas de poursuivre l’aventure commencée en 1972. Mühleberg sera la première des cinq centrales suisses à mettre la clé sous la porte. A moins que Beznau I, qui date de 1969, ne redémarre jamais.

La révision annuelle 2015 a mis en lumière des anomalies sur la cuve de pression du réacteur. Beznau I est à l’arrêt depuis juillet et la feuille de route communiquée par le groupe Axpo parle d’une remise en service «en juillet 2016 au plus tôt». Mais rien ne dit que la production reprendra. Quant au second réacteur de Beznau, en service depuis 1971, il a été reconnecté en décembre après avoir subi des contrôles approfondis.

Une volte-face

C’est notamment parce que Mühleberg s’arrêtera dans trois ans et que le redémarrage de Beznau I est incertain que le Conseil national a renoncé mercredi à exiger des propriétaires des trois plus vieilles centrales qu’ils présentent un concept de sécurité à long terme avec obligation de renouveler l’autorisation d’exploitation tous les dix ans dès la quarantième année d’activité.

Lorsqu’il a examiné une première fois la SE 2050, qui fait office de contre-projet à l’initiative des Verts «Sortir du nucléaire», le National avait décidé d’exiger un tel concept d’exploitation. Il donnait ainsi suite à une requête de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), qui souhaitait avoir une base légale plus solide pour exiger des mesures de sécurité supplémentaires. Après que le Conseil des Etats a renoncé à ce dispositif l’an dernier, la Chambre du peuple devait se prononcer une seconde fois.

Elle y a renoncé à son tour mercredi par 118 voix contre 77. Ce sont des démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux qui ont changé de camp. Cette volte-face s’explique par deux autres motifs. D’un côté, les exploitants risqueraient de faire valoir d’importants dédommagements s’ils étaient contraints de fermer une centrale nucléaire. De l’autre, Doris Leuthard a donné l’assurance de renforcer la position de l’IFSN dans une ordonnance d’application.

L’abandon de ce concept d’exploitation à long terme éloigne le risque de rejet de la SE 2050 par le bloc PLR-UDC, majoritaire au Conseil national. En revanche, la gauche et les milieux écologistes sont fâchés. Pour la Fondation suisse de l’énergie (FSE), «le parlement n’a rien appris de Fukushima». De son côté, Greenpeace juge que la sortie du nucléaire est devenue «un grand huit sans freins».L’autre volet que le Conseil national devait réexaminer est le soutien aux grandes installations hydroélectriques. En raison de l’effondrement des prix de vente de l’électricité, le Conseil fédéral et le parlement ont décidé de venir en aide à ce secteur crucial pour le remplacement du nucléaire. «Seule une petite partie de ces installations est encore compétitive», observe Doris Leuthard.

Barrage au soutien 
de l’hydraulique

Mais comment aider ce segment économique? Le Conseil national a décidé par 112 voix contre 77 d’accorder une prime de marché de 1 centime/kWh pour l’électricité vendue au-dessous du prix de revient. Le financement se fera par un prélèvement de 0,2 ct/kWh sur le prix du courant.
Jugeant ce dispositif peu libéral, Christian Wasserfallen (PLR/BE) a tenté de lui faire barrage. «C’est un corps étranger dans la loi. Le soutien est prévu pour les nouvelles énergies renouvelables, pas pour des centrales hydrauliques déjà en activité», proteste-t-il. Benoît Genecand (PLR/GE) l’appuie: «Un libéral ne peut que se gratter la tête face au subventionnement de la grande hydraulique. Vous ne savez pas résister aux sirènes des cantons producteurs», s’étrangle-t-il.

Le vote traduit en effet un fossé plaine-montagne. Les représentants des cantons alpins où se trouvent les barrages ont massivement voté pour ce soutien à la production hydraulique, y compris des élus de droite que l’on a connus plus libéraux, comme l’UDC grisonne Magdalena Martullo-Blocher. La SE 2050 repart au Conseil des Etats. n

Lire aussi: Le démantèlement de la centrale de Mühleberg coûtera 800 millions de francs (mars 2015)

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