Egalité

Et bientôt, le débat sur le mariage pour tous

Après le refus de l’initiative du PDC, la question de l’union des couples homosexuels remonte dans l’agenda politique: une proposition des Vert’libéraux va être discutée au parlement. En attendant, le Conseil des Etats débattra ce mardi de l’adoption de l’enfant du partenaire

Sur la «to-do» liste du mariage pour tous, postée sur Twitter il y a quelques jours, la conseillère nationale bernoise Kathrin Bertschy a déjà coché les deux premières cases. Elles correspondent aux premiers caps franchis par l’initiative parlementaire des Vert’libéraux: le passage devant les commissions du Conseil national et du Conseil des Etats.

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La proposition vise à ouvrir les différentes formes d’union à tous les couples, quels que soient leur sexe ou l’orientation sexuelle des partenaires; ainsi, les couples de même sexe devraient pouvoir se marier et les couples hétérosexuels conclure un partenariat enregistré.

Au soir du 28 février, Kathrin Bertschy aurait pu ajouter une croix supplémentaire sur sa liste: le refus de l’initiative du PDC en votation, par 50,8% des votants, a ouvert la voie aux débats parlementaires sur le mariage pour tous. La première discussion en plénum pourrait avoir lieu lors de la session d’été. «Nous attendons ce moment avec impatience», lance la socialiste Barbara Lanthemann, coprésidente de Pro Aequalitate, l’association faîtière qui s’est battue contre la petite phrase définissant le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme dans l’initiative du PDC «Pour l’égalité fiscale du mariage».

Avant cela, un autre débat aura lieu ce mardi au Conseil des Etats: une réforme du droit de l’adoption ouvrant la possibilité d’adopter l’enfant du partenaire, un désir qui va souvent de pair avec celui de l’union.

«Battre le fer pendant qu’il est chaud»

Avec le résultat du 28 février, «nous avons reçu un bon signal», commente Alexandre Robatel, qui organise la Gay Pride à Fribourg. «Heureusement que la décision n’est pas tombée du mauvais côté, sinon nous aurions perdu dix ans. Maintenant, il faut battre le fer pendant qu’il est chaud.»

«Nous soutenons avec ferveur la proposition de mariage pour tous de Kathrin Bertschy, s’enthousiasme aussi Laurent Paccaud, membre du comité de Pink Cross. Il est plus que temps que cela arrive en Suisse.»

Comme chez les hétérosexuels, tous les couples homosexuels ne rêvent pas de se passer la bague au doigt. Mais les enjeux d’égalité et de liberté l’emportent sur toute autre considération: «Je n’ai pas envie de me marier, mais j’ai envie d’avoir le choix», explique la Valaisanne Fanny Gex. Pour elle, se pacser ou conclure un partenariat enregistré, ce n’est pas la même chose: «Le fait de devoir écrire «partenarié» sous la rubrique état civil, si je devais postuler quelque part par exemple, me retient, explique-t-elle. Même si les personnes qui sont en face de moi sont ouvertes, ce terme met tout de suite une étiquette. S’il y avait l’égalité, les gens trouveraient ça plus naturel.»

Dans la société civile, les associations LGBT ne sont pas les seules à taper du pied. Le mouvement Opération Libero, également membre du comité contre l’initiative du PDC, soutiendra la proposition de Kathrin Bertschy; sa pétition en faveur de l’union pour tous est toujours en ligne. «Pour nous, l’égalité des droits des couples homosexuels et le mariage pour tous sont absolument nécessaires dans une Suisse libérale», commente Jessica Zuber, codirectrice de la campagne. Le mouvement réfléchit déjà aux prochaines mobilisations.

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D’un côté ses membres vont tenter de convaincre le maximum de parlementaires de droite, au sein du PLR notamment, de soutenir le texte, parce qu’au «moment du vote, ce sont eux qui risquent de faire la différence», explique Jessica Zuber. De l’autre, une campagne de sensibilisation sera menée en direction des citoyens et citoyennes, lesquels seront probablement amenés un jour ou l’autre à voter sur le sujet. La date clé pour informer le public? Le 17 mai, à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie.

Le débat enflammera-t-il la Suisse, comme cela a été le cas en France en 2013 et comme l’Italie le vit actuellement? Les discussions parlementaires permettront une première prise de température. Les associations LGBT se montrent confiantes, tout en faisant monter la pression: si le parlement rejette le texte, un plan B organisé par Pink Cross se met déjà en place: «Nous prenons des dispositions pour pouvoir, le cas échéant, lancer rapidement une initiative populaire, annonce Laurent Paccaud. Car on ne veut pas encore perdre six mois ou un an.»

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