ENVIRONNEMENT

Le loup sauve sa peau au Conseil des Etats

Le prédateur ne pourra pas être chassé toute l'année sans restriction. La Chambre des cantons a rejeté les propositions valaisannes

Le loup a gagné le «débat animalier du jour», comme l’a qualifié le président du Conseil des Etats, Raphaël Comte (PLR/NE). Les sénateurs ont refusé de retirer au canidé son statut d’animal menacé, et donc protégé. Ils ont balayé une motion défendue par Beat Rieder (PDC/VS), qui demandait la possibilité de tirer le loup toute l’année sans restriction, par 26 voix contre 17. L’initiative du canton du Valais allant dans le même sens a elle aussi fini à la corbeille.

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Le débat hautement émotionnel a opposé sans surprise les représentants des cantons du Plateau à ceux des régions de montagne. «Aucune région en Suisse n’est assez grande pour permettre au loup de vivre une vie naturelle», a estimé Werner Luginbühl (PBD/BE). Et le rapporteur de commission de résumer la motivation qui a, durant les travaux préparatoires, poussé une courte majorité à suivre la proposition de tir du loup: la protection des régions de montagne, de leur agriculture et de leur économie touristique doit être davantage considérée par la Berne fédérale.

Cette critique acerbe de l’administration dans le dossier loup a teinté l’ensemble des débats. «Après 16 ans de travaux parlementaires, nous n’avons toujours pas de réponse probante du Conseil fédéral ou de l’administration concernant le loup», estime Beat Rieder. Et les autorisations de tir? Du vent, relève le Haut-Valaisan: «Sur les 3 autorisations délivrées, aucune n’a permis au final la mort d’un loup, car le délai de chasse de 60 jours ne suffit pas!» Martin Schmid (PLR/GR), lui aussi au bout de sa patience sur une problématique «qui touche la population» a indiqué vouloir adopter la motion «parce que c’est un signal clair envers l’administration fédérale».

«Excessif et déraisonnable»

La minorité, dont Robert Cramer (Verts/GE) s’est fait l’avocat, a répliqué sur trois points essentiellement. «C’est totalement excessif et cette agitation est totalement déraisonnable. Pourquoi? La première raison est que nous parlons de très peu de choses […]. Chaque année, 100, 200, peut-être 300 moutons sont mangés par des loups. Chacun d’entre eux fait l’objet d’un dédommagement. Dans le même temps, il y en a des milliers qui meurent dans des pâturages, victimes d’accidents, de maladie, de la foudre.» Et selon l’élu genevois, chasser le loup toute l’année reviendrait purement et simplement à l’éradiquer. Enfin, la motion Rieder contredit la Constitution qui prévoit une protection des espèces animales menacées, mais aussi la Convention internationale de Berne dont la Suisse est signataire.

Le loup a le même problème que nous, politiciens, un problème d’image.

Poursuivant l’argumentaire, Didier Berberat (PS/NE) a fait part ensuite de l’opposition d’une majorité des cantons à la proposition valaisanne. Quant à Roberto Zanetti (PS/SO), il s’est fendu d’une réflexion plus philosophique: «Le loup a le même problème que nous, politiciens, un problème d’image.»

Choisir entre la cohabitation ou le tir sans restriction

Après le flot de critiques, la conseillère fédérale Doris Leuthard a répondu d’une manière presque routinière: «J’ai rarement vécu une session sans objet consacré au loup…» Elle a ensuite répliqué aux reproches d’inaction ou d’incohérence de son département: «Le problème avec le loup a augmenté avec les meutes, personne ne dit le contraire. Mais en 2012 et 2015, nous avons adapté l’ordonnance deux fois. Nous avons travaillé le concept «loup» avec les cantons et l’avons adapté à plusieurs reprises. J’ai moi-même pu observer une meute en Valais.» Mais, c’est ainsi, «des animaux mangent d’autres animaux».

Sur le fond, la démocrate-chrétienne a estimé qu'«on avait toujours trouvé des solutions permettant une cohabitation» entre l’homme et l’animal. D’où son appel aux sénateurs: «Ou vous dites que l’on peut chasser le loup toute l’année, ou vous plaidez pour une cohabitation, mais vous ne pouvez pas faire l’un et l’autre». La ministre a été suivie. Elle a promis que la révision de la loi découlant de la motion Engler récemment adoptée, qui doit permettre de réguler les populations de loups, sera prête cet été.

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