Société

Les partisans du revenu de base veulent offrir un «choix de vie»

Les partisans du RBI ont lancé la campagne de votation sur leur initiative populaire fédérale lundi matin, en distribuant des billets de 10 francs

Ils partent au combat seuls, savent que leurs chances de succès sont faibles et aiment répondre aux questions par d’autres interrogations. Les partisans du Revenu de Base Inconditionnel (RBI) soumis au vote le 5 juin prochain – l’idée est d’assurer une somme mensuelle d’environ 2500 francs à tout résident suisse indépendamment de sa situation professionnelle ou personnelle – ont donné le ton de leur campagne, lundi matin, à Berne. Après avoir distribué des billets de 10 francs en gare de Zurich, ils se sont présentés face à la presse pour exposer leurs motivations.

Lire aussi: «Un jour, nous nous demanderons comment nous avons pu vivre sans revenu universel de base»

Pourquoi un Revenu de Base Inconditionnel? «Avec le RBI, je choisis ma vie», promet le slogan de campagne. «Notre initiative pose une question: comment veut-on vivre?», lance Christian Müller. «Elle peut faire avancer les droits humains, en particulier les droits des femmes. La femme à temps partiel subventionne aujourd’hui souvent le travail des hommes sans être reconnue», ajoute la Genevoise Anne-Béatrice Duparc, membre du réseau Bien-CH. Le RBI serait une manière responsable d’anticiper la révolution numérique, dont les experts prédisent qu’elle fera disparaître de nombreux emplois, assure l’entrepreneur bâlois Daniel Haenni.

Entre 20 et 140 milliards de coût

Sur les questions pratiques, les initiants se montrent volontairement ouverts. Leur initiative a été rédigée en termes très vagues. Elle pose trois principes: la Confédération instaure un revenu de base inconditionnel. Ce dernier bénéficie à l’ensemble de la population. Il garantit une vie digne. Pour le reste – montant du RBI, financement, application – le Parlement aurait les mains libres, en cas de oui le 5 juin.

Lire aussi: Le revenu de base inconditionnel est une réponse logique à l’évolution de l’économie

Les initiants parlent toutefois d’un revenu de base d’environ 2500 francs, selon les normes CSIAS. Le coût de l’opération se monte, selon les modèles et après avoir retranché l’économie réalisée sur les prestations sociales, entre 18 et 140 milliards de francs. Une telle différence s’explique par le type de RBI voulu. Un RBI pour tous, en plus du salaire? Alors vous arrivez à 140 milliards de francs. En revanche, en parlant d’un RBI intégré, autrement dit versé avant tout aux enfants et personnes qui ne disposent pas de 2500 francs mensuels, le coût de la révolution serait de 20 milliards. Parmi les pistes de financement, les initiants privilégient aujourd’hui celle d’une taxe de 0,2% sur les paiements électroniques, sur le modèle Chesney-Bolliger.

Pour tous les résidents… ou presque

Une autre question qui se pose avec acuité dans la perspective d’un RBI est celle de ses bénéficiaires. L’initiative parle de «l’ensemble de la population». Lundi matin face à la presse, les défenseurs du texte y ont mis une cautèle: «Il faudra très certainement un délai de résidence pour avoir droit au revenu inconditionnel de base. On peut imaginer qu’il faille un permis C», estime Anne-Béatrice Duparc. Une promesse de RBI ne renforcerait-elle pas l’attractivité de la Suisse? Au contraire, estime Erno Schmidt. «Les hauts salaires versés en Suisse sont aujourd’hui attractifs. Mais si on baisse ces salaires, parce qu’ils sont complétés par le RBI uniquement pour les résidents, l’attractivité va plutôt baisser», estime-t-il.

Tout dépend encore la relation au travail qu’auraient les Suisses à la suite d’un tel changement sociétal. Les initiants partent du principe qu’une forte majorité des citoyens continuerait à travailler, 98% selon un sondage commandé par les initiants à l’institut Démoscope à la fin de l’année dernière.

Publicité