Editorial

L'humanitaire bling-bling ou le juste choix

Les célébrités, des visages différents mais crédibles pour une thématique grave ?

Les esprits chagrins ricanent. Une star, incarnation du glamour hollywoodien, qui déambule dans la boue au milieu de camps de réfugiés, comme le fait l’actrice Angelina Jolie, la bouche en cœur? Ridicule. C’est forcément pour se refaire une virginité, effacer des déviances passées, tenter de se façonner une image sérieuse. Une pure opération marketing. Et puis, comme par hasard, les images, léchées, montrent toujours la star sous son meilleur profil, avec la dose de pathos nécessaire pour arracher quelques larmes.

Mascarade indigne pour satisfaire des ego dégoulinants? «Hollywoodisation» pathétique des organisations internationales qui ne savent plus quoi inventer pour récolter des fonds et faire parler d’elles? Faux. Ce serait leur faire un mauvais procès. ONG et agences onusiennes, qui, à l’image du HCR, recourent à des célébrités pour défendre leur cause, auraient bien tort de s’en priver. Car apparemment, la stratégie fonctionne.

Bien sûr, il y a les erreurs de casting et les risques de faux pas. Ceux qui acceptent des missions par opportunisme et finissent par devenir nuisibles. En 2006, la multiplication des ambassadeurs de bonne volonté au sein de l’ONU a d’ailleurs fait l’objet d’un audit interne. Des lignes de conduite ont été édictées, avec notamment la décision de réévaluer les mandats tous les deux ans.

Mais avec Angelina Jolie, le HCR est bien tombé. C’est d’ailleurs bien elle, et non le haut-commissaire Filippo Grandi, qui vient de rencontrer le premier ministre grec, Alexis Tsipras, pour évoquer l’accord controversé entre l’UE et la Turquie sur le renvoi des migrants. Côté masculin, le pendant d’Angelina Jolie serait George Clooney, qui, au côté de sa célèbre avocate de femme Amal, a eu droit à une entrevue avec la chancelière allemande, Angela Merkel. Ou Leonardo DiCaprio, qui, à titre privé, s’investit pour la bataille du climat.

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Certes, leur célébrité permet d’ouvrir des portes. Tous trois ont d’ailleurs leurs entrées chez Barack Obama. Mais du phénomène, futile, de la seule «peopolisation de l’humanitaire», on passe à celui de la «politisation des people». Avec des acteurs engagés, qui grignotent en influence. Plus qu’une icône humanitaire, qu’une plante verte de la cause des réfugiés, Angelina Jolie est une femme de convictions, courageuse. Elle y croit, elle y va, elle écoute, elle agit. De simple ambassadrice de bonne volonté pour le HCR depuis 2001, l’actrice, avec plus de quarante missions de terrain dans ses mollets galbés, est devenue «envoyée spéciale» en 2012. Avec pour mandat de représenter l’organisation et ses responsables au niveau diplomatique.

Un triomphe de la «star diplomatie», mais pas seulement. Une manière de donner un visage différent, mais crédible, à une problématique grave. Avec, peut-être, la possibilité de mieux se faire entendre. N’en déplaise aux esprits chagrins.

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