Tessin

La dernière mine d’or de Suisse sera bientôt ouverte au public

Dans le Malcantone, région à l’ouest de Lugano, un des plus importants districts miniers de Suisse, on y extrayait de l’or jusqu’en 1954. La mine de Sessa, après un demi-siècle dans l’oubli, sera bientôt ouverte au public. Reportage

Au cœur du Malcantone, le village de Sessa est un petit joyau de par son architecture et son paysage. Juste au-dessus du village se trouve un ancien gisement aurifère, le plus important de la région. En 1856, après des décennies d’extraction «sauvage», un ingénieur italien de Sion obtenait une concession d’exploitation du Conseil d’Etat tessinois et ouvrait la mine «La Costa». Pendant près d’un siècle, jusqu’à sa fermeture définitive en 1954, des tonnes de métaux (or, argent et plomb notamment) en ont été extraits et jusqu’à 400 mineurs y ont travaillé. Voilà qu’elle va connaître une nouvelle vie, puisqu’elle sera ouverte au public en 2017.

Nous visitons la mine avec Mario Zarri, le président de l’Association Acqua Fregia (Eau froide), constituée en 2002 pour valoriser les cours d’eau et promouvoir des activités culturelles, et Alfonso Passera, le secrétaire de la Fondation Malcantone. Tous deux s’activent pour la réouverture du lieu.

Mario Zarri et Alfonso Passera sont les auteurs du projet. Annick Romanski

Rails rouillés et pioches abandonnées

Chaussés de hautes bottes et munis de casques, nous devons courber la tête pour parcourir le boyau principal. L’eau suinte des parois de gneiss, la température ne dépasse pas 10 degrés. Une atmosphère à la «Germinal» de Zola: les rails où circulaient les bennes sont rouillés mais encore intacts. Ici et là, des wagonnets, des pics et des pioches abandonnés par les mineurs il y a 62 ans.

Sur la voûte des traces minéraires sont encore visibles. Contiennent-elles encore de l’or? «Les veines ne sont pas épuisées», raconte Alfonso Passera. «Mais une reprise de l’extraction avec les méthodes actuelles serait trop coûteuse. Durant ses deux dernières années d’activité, la mine a encore produit 500 kilos d’or dont le raffinage coûtait cher. Lorsque l’ultime concession est arrivée à terme, la société belge Mines de Costano SA, qui gérait le gisement, a renoncé à en demander le renouvellement.» Pas assez rentable.

Après des années d'inactivité, la mine est encore en bon état. Annick Romanski

Par endroits la paroi s’ouvre sur des niches sombres, des puits pleins d’eau cristalline. «La mine s’étend sur 1,9 km et trois niveaux, nous explique Mario Zarri, mais plus d’un kilomètre est inondé». Il ajoute: «Notre projet prévoit initialement d’ouvrir au public le couloir principal de 346 mètres d’où partent des galeries secondaires.» Après l’octroi des permis de construire cantonal et communal, les travaux ont commencé en janvier dernier et occupent actuellement une quinzaine de volontaires. Un concours a été lancé pour le gros œuvre qui sera confié à deux entreprises locales, comme l’indique le conseiller municipal de Sessa, Giuliano Zanetti, responsable des travaux publics.

Après tant d’années d’inactivité, la mine est encore en bon état malgré un éboulement qui avait obstrué l’accès. Il a été consolidé. «Il s’agira aussi d’assainir et de sécuriser quelques boyaux latéraux encore remplis d’eau», explique le président d’Acqua Fregia.

Impact sur le tourisme local

L’association a eu l’idée de récupérer la mine en 2003 déjà. Elle a d’abord demandé une expertise au géologue Markus Felber, bien connu au Tessin pour ses études sur le Monte San Giorgio, la montagne des fossiles, puis une étude de faisabilité touristique. La commune de Sessa a ensuite acheté le terrain, qui deviendra une aire de loisir et une vieille bâtisse qui sera transformée en centre d’accueil et d’information. Propriétaire du sous-sol, le canton a aussi participé au financement du projet devisé à environ 500 000 francs. «Notre initiative a été accueillie avec enthousiasme, la réouverture de la mine aura un impact certain sur le tourisme local et nous avons obtenu l’aide d’autres communes du Malcantone, de fondations, de banques et de privés», souligne Mario Zarri. «Une récolte de fonds parmi la population devrait couvrir la somme manquante.»

Des wagonnets et des pioches ont été abandonnés dans la mine il y a 62 ans. Annick Romanski

L’ouverture au public de la mine d’or «La Costa» est prévue pour le printemps 2017. Des visites guidées se feront dans les trois langues nationales et en anglais. Il en sera de même pour les panneaux didactiques et les projections consacrés à l’histoire de l’or au Tessin, où opèrent trois des quatre raffineries d’or de Suisse.

Le géologue Markus Felber qui a inspecté la mine avant le lancement des travaux qu’il contrôlera régulièrement, et qui se chargera de l’élaboration des panneaux explicatifs, trouve l’idée de la récupération merveilleuse. «Il s’agit, nous dit-il, d’un rare témoignage du passé, la preuve historique de ce qu’a été la chasse à l’or dans le Malcantone.»


La mine dans un musée

Qui visitera la mine de Sessa fera certainement halte au pittoresque Musée de la mine situé au centre du village. Ouvert en 1999 par Beppe Zanetti, il contient tous les objets récupérés en une trentaine d’années par cet original professeur de sport: lampes, casques, pics, chariots, soufflets, objets, affiches, livres, documents et photos d’époque. Au sous-sol de l’édifice, le collectionneur a fidèlement reconstitué l’entrée de la mine fermée en 1954. A la mort de son promoteur, sa fille Luana a repris le flambeau et assure les visites d’avril à décembre. Informations: zanetti.luana@hotmail.com

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