Le réveil a sonné tôt. La nuit pèse encore. Une radieuse journée doit heureusement la balayer. Sur le calendrier des Jeux, il est écrit que ce 1er août coïncide avec la grande moisson. Le couronnement est attendu à l’ExCeL Centre. Les escrimeurs suisses Fabian Kauter, deuxième de la hiérarchie mondiale, et Max Heinzer, cinquième, nourrissent de sérieux espoirs. La journée sera longue, jusqu’à la finale agendée à 20 heures.

11h15. Max Heinzer ne peut pas perdre contre Ruben Limardo Gascon. Il écrit un bon prologue, mène rapidement (3-0, puis 4-1). Puis il attend. Erreur. Sur la fin, le Schwyzois maîtrise moins ses nerfs; revers. Il demeure accroupi, paralysé. «Juste après la défaite, mon esprit était vide», lâche-t-il face aux médias. «Je n’arrivais pas à m’imaginer que c’en était déjà fini.» Il lève les yeux. Sur un écran, il repère le combat de Fabian Kauter contre Yannick Borel. Le Bernois est déjà largement distancé. Malgré une bonne réaction, il ne reviendra pas.

12h05. Les convictions helvétiques se sont déjà volatilisées pour de bon. «J’ai commis toutes les erreurs possibles au début, comme si je n’avais rien compris à l’escrime», enrage Fabian Kauter. «J’étais comme un gamin sur la piste. Je n’ai même pas envie d’analyser ça avec Angelo (Mazzoni, son coach), parce que c’est tellement triste: j’ai tiré comme s’il ne m’avait rien apporté.» Les deux Suisses éliminés en huitièmes de finale, l’entraîneur national Gianni Muzio, le blanc de la sagesse dans les cheveux, tente de traduire le mobile du forfait: «Dans la vie, si tu veux connaître de grands moments, tu dois énormément payer, soit par de l’argent, soit par de l’expérience. Aujourd’hui, Max et Fabian ont payé par de l’expérience.» Pour l’autre mentor, Angelo Mazzoni, qui considère Kauter comme un numéro 1 qui s’ignore, «Max et Fabian sont deux athlètes de talent. Malheureusement, ils sont Suisses. Je n’ai jamais su leur traduire en allemand le mot italien «furbo»: malin. Moi, je ne sais pas si je fus une fois le plus fort (Mazzoni a notamment été double médaillé d’or par équipes, à Atlanta et à Sydney), mais je savais vendre ce que j’avais. Je pouvais même vous vendre une Fiat, en vous convainquant que c’était une Ferrari. Vous, vous n’en êtes pas capables. Et en escrime, il faut savoir bluffer.» Il n’y a plus rien à faire à l’ExCeL Centre. Au double échec de l’escrime s’ajoute le revers de la judoka genevoise Juliane Robra, en larmes. Une heure de transfert doit suffire pour rallier Lee Valley, en dehors du Grand Londres. C’est là que se disputent les compétitions de slalom de canoë-kayak. Mike Kurt peut-il réparer ces déboires? La solidité du Soleurois, ces derniers jours, lui promet au moins une place en finale. Mais lorsque le bus arrive à Lee Valley, une poche vibre. Le SMS dit: «Tu peux rentrer. Il n’est pas qualifié. Il a raté une porte.» Bon sang, quelle veine. L’effort du trajet commande d’aller l’écouter. «Unglaublich» («Incroyable») demeurera le vocable clé de sa glose. Il tient sa pagaie sur laquelle est gravé un drapeau suisse. Elle est brisée pile poil au cœur de la croix blanche. Tout un symbole. «Je me sentais très bien», raconte-t-il. «Et puis, au milieu du parcours, j’ai heurté quelque chose et ma pagaie s’est cassée. Ça ne m’était jamais arrivé en compétition.» Dans l’enchaînement, Mike Kurt, déstabilisé, a manqué une porte, 50 secondes de pénalité. Sans elle, son chrono avait valeur de finale. Il refoule difficilement ses larmes. Il avait tiré tous les enseignements de ses échecs de 2004 et de 2008. La guigne s’en est mêlée. «J’avais su maîtriser la pression, j’étais tranquille», pleure-t-il. «Ce sont des mois, des années de travail qui s’envolent avec cette opportunité. C’était mon moment.» Il n’y a plus rien à faire à Lee Valley. Le bus repart. Les téléphones disent que Fabian Cancellara est en mauvaise posture (lire ci-dessous). Enfin, peu avant 19h30, au centre des médias, des écrans assurent la liaison avec Wimbledon. Un peu plus tôt, Roger Federer y a été accroché par Denis Istomin (7-5 6-3). Et voilà qu’en double, avec Stanislas Wawrinka, le Bâlois souffre l’élimination après un premier set facilement remporté (1-6 7-6 (7/5) 6-3). «Les conditions du début de match étaient difficiles, il y avait beaucoup de vent», analysera-t-il. «Tandis que cela ne nous a pas dérangés, eux en ont beaucoup souffert. Mais ensuite, ils ont trouvé une façon de revenir dans le match. Globalement, nous avons joué un bon tournoi. Ce n’était seulement pas notre jour.» Stanislas Wawrinka approuvera: «Les doubles peuvent être vraiment durs. Un ou deux points peuvent changer le match, surtout sur gazon.» Ce n’était pas le jour de la Suisse, donc. Ce matin, Gian Gilli parlera. Comme il l’avait prévu de longue date, le chef de la mission helvétique à Londres livrera son bilan intermédiaire. Sans doute le hasard n’y est-il pas pour grand-chose si cette causerie avait été agendée au 2 août; au lendemain d’une immense moisson espérée. Bilan, zéro pointé.

La nuit tombe. Au réveil, les gueules de bois vont peser.

Le chef de la mission helvétique va parler ce jeudi. Il aura à expliquer un premier bilan limpide: zéro pointé