Regard

Du vélo au Gripen, le saut vertigineux d’Ueli Maurer

Peut-on confier l’achat de 22 avions de chasse pour 3,1 milliards à un ministre qui ne parvient pas à acheter des vélos militaires sans susciter la polémique?

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Du vélo au Gripen, le saut vertigineux d’Ueli Maurer

Peut-on confier l’achat de 22 avions de chasse pour 3,1 milliards à un ministre qui ne parvient pas à acheter des vélos militaires sans susciter la polémique? Au sein de la Commission de politique de sécurité du Conseil national, on a doucement ricané en apprenant le prix très élevé, 2500 fr. pièce, et le mode de soumission, un appel d’offres à quatre fabricants seulement, des 2800 vélos qu’Ueli Maurer veut acquérir pour l’armée. Et en plus, la selle pompe l’eau, mouille les fesses et on ne peut pas pédaler en lâchant le guidon!

C’est ainsi, avec Ueli Maurer. Chacun de ses gestes, chacune de ses déclarations suscite le doute et nourrit les arguments des adversaires du chasseur suédois Gripen, de Saab, choisi par le Conseil fédéral comme remplaçant du F-5 Tiger. Après trois ans et demi au Conseil fédéral, l’ancien président de l’UDC, qui avait promis qu’avec lui on allait voir ce que l’on allait voir, n’a toujours pas réussi à imposer son autorité à Armasuisse, l’ancien groupement de l’armement, ni à remettre de l’ordre dans l’administration militaire. On y court toujours après quelques milliers de fusils égarés.

Sa stratégie d’information se limite à l’auto-justification et aux démentis des fuites dans la presse. Il est vrai qu’Ueli Maurer n’a toujours pas trouvé un véritable patron de sa communication, capable de passer à l’offensive.

Plus grave pour le ministre, note un membre d’une commission parlementaire, «lors des auditions des principaux cadres de l’armée ou d’Armasuisse, on n’a pas senti un véritable soutien à l’argumentation de leur patron. On voit bien que l’état-major des Forces aériennes ne s’est toujours pas rallié au choix du Gripen.» Ce que confirmait un haut gradé au Temps: «Il y a un vrai problème de loyauté envers le politique au sein de l’armée, attisé par les restrictions financières.»

Ce climat contribue dès lors à nourrir les oppositions politiques au Gripen, qui est au final une décision du Conseil fédéral. C’est de l’intérieur même de l’administration militaire que viennent les fuites qui irritent les parlementaires.

Alors que la sous-commission, présidée par le pilote Thomas Hurter (UDC/SH), chargée d’examiner les conditions d’évaluation et d’acquisition du futur avion de combat, envisage toujours de livrer son rapport avant le 25 juin, les adversaires de l’appareil suédois n’ont toujours pas désarmé. Les opinions sur la régularité des évaluations et la transparence des coûts sont d’ailleurs si opposées que Thomas Hurter, qui admet que la synthèse sera difficile, n’exclut pas de retarder la publication de son rapport.

L’offensive est toujours menée par les partisans du Rafale de Dassault. C’est le nouveau président du Parti libéral-radical, Philipp Müller, qui a ouvert ostensiblement les hostilités dimanche dernier dans la presse alémanique.

Dépenser 3,1 milliards pour un achat qui ne permettra pas de résoudre nos problèmes politiques avec nos voisins allemands ou français, c’est trop, pour Philipp Müller, qui justifie son choix par des raisons politiques. Pourquoi la Suisse n’obtiendrait-elle pas des concessions sur le dossier fiscal ou le problème de l’aéroport de Zurich en échange d’un contrat aussi conséquent? «Le Gripen est contesté sur le plan militaire. Impossible de lui lier aucun dossier politique. Il en irait autrement avec le Rafale ou l’Eurofighter», estime Philipp Müller, qui suggère qu’on laisse tomber l’affaire avec les Suédois.

La gauche et les courants pacifistes des Verts seront ravis de lui donner un coup de pouce.

Selon les rares informations qui filtrent, la sous-commission, qui mène une véritable enquête policière, n’a pas découvert d’indices susceptibles de déboucher sur un scandale politique. Pour autant, Ueli Maurer, dont le sort politique est lié au succès de l’opération Gripen, est toujours en position difficile.

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