Média

A Rennes, où le jeu vidéo suisse est roi

Les créateurs de jeux vidéo helvétiques sont repartis du Stunfest de Rennes bardés de prix. Et démontrent ainsi la vigueur d’une scène solidaire et créative

Organisé pour la première fois en 2005 à Rennes, le Stunfest se consacrait à l’origine à l’accueil de tournois de jeux vidéo de combat, «stun» désignant l’état d’étourdissement dans lequel se trouve un joueur après avoir encaissé un trop grand nombre de coups, virtuellement parlant. Avant de se diversifier au fil des ans, histoire de répondre aux intérêts variés d’une communauté curieuse et passionnée.

En 2016, 12 000 visiteurs ont ainsi eu accès à un programme copieux et panaché, mélange de conférences entre acteurs du milieu et scientifiques, rétrospective consacrée à la console Neo-Geo et une autre proposant d’essayer toutes les déclinaisons de Doom, tournois, concerts et sessions de «speedruns» dont le principe consiste à achever un jeu le plus vite possible.

Jeu mystère

C’est dans cet esprit d’ouverture que le festival offre une place à la création vidéoludique à travers une sélection officielle de jeux indépendants accompagnée de prix pour les meilleures créations. Côté suisse, une douzaine d’auteurs avaient fait le voyage du Stunfest où ils ont particulièrement brillé.

Comme le Fribourgeois Wuthrer, lauréat de la catégorie «Espoir» avec le cryptique et crayonné Don’t kill her. «Lorsque je présente mon jeu, je ne peux rien dévoiler de son histoire sous peine de diminuer son intérêt, explique son auteur. Gagner ce prix, c’est obtenir une légitimité. Cela va instaurer de la confiance par rapport à mon jeu.» Le style graphique très original ainsi que certaines audaces dans la mise en scène ont conquis le jury. Le jeu de plateforme qui cultive son mystère sera disponible en automne.

Au sein d’une sélection de 33 jeux, dont six jeux suisses, deux autres productions helvétiques ont décroché des prix. Celui du public est venu récompenser le jeu en réalité virtuelle Hell Eluja du studio fribourgeois Oniriforge (lire encadré), tandis que le jeu de combat multijoueur Stonebond: the gargoyle’s domain remportait le troisième prix de la catégorie «Espoir».

L’histoire? Elle raconte une querelle entre quatre gargouilles. Lorsque le jeu est lancé, chaque participant attaque et défend pour son propre compte, jusqu’à ce que deux monstres soient éliminés. Entre les deux survivants se crée alors un lien qui inverse la dynamique du jeu, les anciens ennemis devant se liguer au retour de leurs adversaires. «Ce jeu ne génère pas d’agressivité, observe David Javet qui a participé à la conception de Stonebond – disponible gratuitement sur la plateforme itch.io – avec une trentaine d’autres auteurs suisses. Même si on est constamment en train de tromper l’autre, l’ambiance reste bon enfant. On ne perd pas seul, et on n’est jamais seul à gagner. Nous avons fait le pari de miser sur la clarté des stratégies possibles et la simplicité de la prise en main: il n’y a que deux boutons à connaître. Car au Stunfest, les joueurs se soucient davantage de la sensation que procure un jeu que de son esthétique. Stonebond propose une approche positive de la compétition. Il était pensé pour le public de ce festival. Il a été sélectionné, et il a gagné.»

Soutien fédéral

Ces trois succès récompensent également un investissement au niveau fédéral dans la création de jeux vidéo. En 2010, Pro Helvetia inaugurait son programme Game Culture. Deux ans plus tard, la fondation suisse lançait un second appel à projet. Un soutien dont Wuthrer a directement bénéficié: «Au début, Don’t kill her était moins ambitieux. Le programme Game Culture m’a incité à le pousser en avant et à prendre de plus en plus de risques.»

Mais au Stunfest, on a le jeu de combat dans les gènes. Le moment le plus attendu par la majorité du public restait les finales des tournois de Street Fighter IV et V. Avec une dotation de 15 000 dollars, le festival est une étape officielle du Capcom Pro Tour. Après une défaite au premier tour, le Japonais Yusuke Momochi écrasait son compatriote Keita Ai sur Street Fighter V. Et s’assurait une place pour la grande finale annuelle et sa dotation de 250 000 dollars.




«Les gens sont prêts pour la réalité virtuelle»

Les projets de réalité virtuelle se multiplient en Suisse. Issue de l’EPFL, la start-up Mindmaze développe des applications immersives pour le secteur biomédical. Elle est déjà valorisée à plus de 1 milliard de dollars. Dans le domaine du divertissement, les studios CtrlMovie, apelab, Artanim et Somniacs utilisent cette technologie hautement interactive dans des films présentés dans de nombreux salons et festivals. Les Lausannois Ozwe Games ont même séduit Samsung avec Anshar Wars que le fabricant coréen a retenu pour faire la promotion du Gear VR, son casque de réalité virtuelle.

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A Rennes, c’est le jeu suisse Hell Eluja – un scénario horrifique de monastère hanté par le diable – qui recevait le Prix du public. Pour Hoang-Qui Cung, du studio fribourgeois Oniroforge, créateur du jeu qui fait très peur, les gens sont prêts pour la réalité virtuelle: «Nous étions présents à Polymanga et à Fantasy Basel sans pouvoir déterminer si les visiteurs voulaient essayer le jeu ou simplement découvrir une nouvelle expérience. Les retours reçus de la part du public du Stunfest nous ont confortés dans notre choix de développer pour cette technologie.» Néanmoins, la réalité virtuelle ne remplacera vraisemblablement pas les formes de jeux vidéo telles qu’on les connaît actuellement. «En ce qui nous concerne, nous voulions principalement l’utiliser comme un nouvel élément de gameplay. Il faut prendre en considération que le joueur immergé dans la réalité virtuelle est isolé et livré à lui-même.» 

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