Accord majeur pour la Cité de la musique

Mécénat Genève va s’enrichir d’une nouvelle salle de concerts

La fondation présente son projet, lance un concours d’architecture et attend qu’un accord soit trouvé avec la Ville pour le lieu d’implantation

La nouvelle d’une Cité de la musique à Genève soulève déjà l’enthousiasme. «Chaque jour des réactions et des encouragements nous parviennent», se félicitent Bruno Mégevand, président, et David Lachat, vice-président de la fondation du même nom.

Le projet, révélé sur notre site le 25 septembre, est ambitieux. Et la liberté qu’autorise le financement intégral d’un mécène, qui veut rester anonyme, est très stimulante pour les initiateurs. «Nous rêvons que le bâtiment devienne un emblème architectural pour Genève, au même titre que le Jet d’eau. Il faut qu’on en parle, qu’on vienne le voir, le fréquenter et le visiter de loin, tant touristiquement que culturellement», s’emballe Bruno Mégevand.

Sur le plan politique, les négociations sont en cours, avec une position favorable du côté de la Ville. «Il est évident qu’un tel projet, qui ne coûte rien à Genève, nous intéresse vivement», avoue le maire, Sami Kanaan. «Notre collaboration se situe au niveau des sites à trouver et à mettre à disposition dans les meilleures conditions possibles, et du fonctionnement futur des lieux. Nous étudions les propositions et leur potentiel de réalisation.»

Les exemples de salles musicales prestigieuses dans le monde ne manquent pas. Le bureau d’architecture Brodbeck-Roulet, qui étudie la faisabilité de l’aventure depuis l’origine, sera l’organisateur d’un concours international sur dossier (aux normes SIA 142) et suivra la construction. Il a réalisé un tour d’horizon des constructions phares, où sont cités pêle-mêle l’Opéra de Sydney, le Walt Disney Concert Hall de Los Angeles, la Philharmonie de Paris, celle de Berlin, le KKL de Lucerne, ou l’Esplanade - Theatres on the Bay de Singapour. Un aperçu de rêves devenus réalité, qui «génèrent des retombées financières importantes et font rayonner dans le monde la réputation des villes», précise le président.

Une telle salle est-elle indispensable à Genève alors que le Victoria Hall remplit son rôle classique depuis 125 ans? C’est une des questions posées à l’équipe au travail depuis 18 mois. Du côté de l’OSR, premier utilisateur, l’évidence s’impose.

«Notre orchestre a besoin d’une structure adaptée aux exigences symphoniques actuelles, explique le directeur général, Henk Swinnen, aussi membre de la fondation. Non seulement la scène est trop petite, mais les sièges de la salle sont inconfortables et la visibilité et les conditions d’écoute mauvaises pour la majorité du public. Réunir une salle de répétitions confortable sur les plans physique et acoustique, les bureaux de l’administration, des loges en quantité suffisante et des coulisses pouvant accueillir les instruments, cela transformerait la vie des musiciens. Une structure mieux dotée techniquement en appareils audiovisuels, pour une large diffusion des concerts en direct et en streaming, peut s’avérer déterminante pour la venue d’un nouveau directeur musical de renom à la tête de l’orchestre, comme pour celle de grands chefs invités à venir diriger régulièrement. Ni propriétaires, ni administrateurs, nous serons associés de façon privilégiée.»

Pour Steve Roger, secrétaire de la fondation qui pratique le Victoria Hall depuis de longues années, d’abord à l’OSR et aujourd’hui à l’agence Cæcilia, «le bon accueil des phalanges prestigieuses est une donnée fondamentale. Meilleures sont les conditions de travail, d’acoustique et de facilité d’accès, meilleures sont les chances de les inciter à venir et revenir. Il ne s’agira pas de supprimer les activités classiques au Victoria Hall, mais d’adapter les formations à ses dimensions. Les grands récitals ou les ensembles de chambre, par exemple, conviennent mieux. Le jazz peut aussi prendre une plus large place. Actuellement, la salle est sur­occupée et on doit jongler avec les agendas ou renoncer à certains concerts.»

L’autre grande bénéficiaire de la Cité de la musique sera la HEM. David Lachat, son président, souligne à quel point cette aventure est porteuse. «La Haute Ecole de musique a un besoin crucial de locaux depuis des années. Les hautes écoles spécialisées (HES-SO Genève) étant désormais une entité autonome au sein de l’Etat, ce sont elles qui ont la charge des bâtiments des hautes écoles genevoises, dont la HEM. L’Etat doit pourvoir au recentrage de sites disséminés sur le canton, à la construction, l’agrandissement, la transformation ou la rénovation de ses salles d’enseignement. La Cité de la musique le soulagerait d’une grande charge en offrant les locaux nécessaires. Et permettrait aux étudiants d’ici et d’ailleurs de bénéficier de conditions d’études et d’échanges optimales. Une opportunité unique pour l’avenir et la jeunesse.»

Au niveau des chiffres, il faudra jouer avec le temps. «Tant que nous ne connaissons pas l’emplacement, il est difficile de donner des évaluations, rappelle Bruno Mégevand. La jauge de la salle sera de 1600 places, équivalente à celle du Victoria Hall, mais avec une visibilité, un confort et une acoustique supérieurs. Le budget ne peut être établi sans avoir connaissance de tous les éléments, qui sont minutieusement étudiés. Nous avons l’assurance que le coût sera assumé de façon privée. Il nous faudra aller vite, et que les autorités nous accompagnent et nous soutiennent. Personnellement, je souhaiterais l’inauguration au 8 août 2018 avec la 8e Symphonie de Mahler!» sourit Bruno Mégevand, aussi président de la Société Gustav Mahler de Genève.

L’architecte Jacques Roulet rappelle les contraintes de la «Cité». «En ville plutôt qu’excentrée, visible de loin et exemplaire, pour que le nom de Genève soit associé à un geste architectural fort. Sur la quinzaine d’emplacements déjà étudiés avec les autorités, il en reste trois. La surface au sol de l’ensemble du projet représente environ 15 000 m2, soit la superficie d’Uni-Mail, de la poste de Montbrillant ou des Vernets. Cela requiert une parcelle conséquente. Et les disponibilités ne sont pas infinies. Le concours sera lancé dès que nous en saurons plus et que nous aurons trouvé un emplacement adéquat et pouvant être libéré dans des délais raisonnables.»

Ce projet ambitieux transformera la vie des musiciens de l’OSR, du public, des étudiants et aussi l’éclat de Genève