Les activités de Glencore au Katanga à nouveau dans la ligne de mire des ONG

Cuivre Une enquête critique se penche sur l’activité de plusieurs mines de la région

La multinationale zougoise réfute en bloc les accusations

Emploi de travailleurs artisanaux et d’enfants, pollution de cours d’eau, absence de dialogue avec les communautés locales, évasion fiscale… Intitulé «Glencore en République démocratique du Congo: le profit au détriment des droits humains et de l’environnement», un rapport publié lundi par Pain pour le prochain (PPP) et Action de Carême dresse un bilan «inquiétant» des activités du géant suisse du négoce Glencore.

Après six mois d’enquête au Katanga, province du sud congolais, les deux ONG s’attaquent de nouveau à la multinationale établie dans le havre fiscal de Zoug. Dans un premier bilan, peu avant l’entrée en bourse de Glencore il y a un an, les ONG dénonçaient déjà les conditions de travail des mineurs, en poste dans des zones contaminées par de l’uranium, du diesel ou des résidus d’explosif.

Leur dernière enquête concerne notamment Tilwezembe. Située à environ 40 km de la ville de Kolwezi, cette mine à ciel ouvert – dont la concession appartient à Kamoto Copper Co. (KCC), entité que Glencore contrôle par le biais d’une de ses filiales – est qualifiée de «dormante» dans le dossier d’entrée en bourse de Glencore. Pourtant, selon les observations qu’a pu faire sur place Chantal Peyer – responsable pour la politique de développement de PPP et corédactrice de l’enquête avec François Mercier – plus de 1600 mineurs artisanaux y extrairaient chaque jour du cobalt et du cuivre sous le contrôle d’un négociant libanais. Un tiers de ces creuseurs auraient moins de 17 ans, selon une ONG locale. Un porte-parole du géant zougois admet le problème: «Des mineurs squattent la mine de Tilwezembe sans notre autorisation; nous faisons tout notre possible pour résoudre ce problème avec les autorités locales.»

Par le biais de différents intermédiaires et de Mopani – une autre filiale, zambienne – «Glencore rachète les minerais de Tilwezembe et commercialise ainsi dans le monde des minerais issus d’une carrière artisanale où travaillent notamment des enfants», assure le document. Faux, réfute «catégoriquement» Glencore, qui assure n’avoir «jamais acheté un quelconque minerai de cette mine».

Autre pierre d’achoppement: l’eau. Dans la bourgade de Musonoi, située à 200 km de la frontière avec l’Angola, les constats effectués par Chantal Peyer sont «préoccupants». Selon le rapport «KCC a péjoré l’accès à l’eau de 15 000 personnes plutôt que d’investir dans de nouvelles infrastructures pour ses activités». Idem à Luilu, à quelque 100 km au nord de la Zambie: «L’eau de la rivière est devenue impropre à la consommation suite à la pollution ­engendrée par l’usine d’hydrométallurgie de KCC.» Si la filiale de Glencore avait annoncé, en 2011 déjà, vouloir procéder à des améliorations à Luilu et à Musonoi, Chantal Peyer affirme qu’il n’en est rien. «Ces promesses n’ont pas été tenues.»

A ce sujet, Glencore assure «avoir récemment fini l’installation d’équipements complexes; des millions de dollars ont déjà été investis dans ce projet depuis la reprise du site en 2009». Quoi qu’il en soit, pour Chantal Peyer, le problème va plus loin: «Glencore abîme l’image de la Suisse; faire montre d’aussi peu d’instruments crédibles de développement social et écologique est préoccupant de la part de la plus grande entreprise du pays (ndlr: en termes de chiffre d’affaires, soit 171 milliards de francs en 2011)».

La firme dirigée par le milliardaire Ivan Glasenberg – consultée par les ONG avant la publication du rapport – ne partage pas ce point de vue: «Les Suisses devraient être fiers d’avoir une compagnie comme Glencore dans leur pays. Nous faisons marcher l’économie mondiale par le biais de créations d’emplois et d’investissements. Le monde entier a besoin de nos matières premières pour acheter les biens de consommation nécessaires à l’amélioration du niveau de vie global.»

Dénonçant la difficulté du dialogue – «Glencore a tendance à nier les faits, il y a un fossé entre nos deux perceptions de la réalité» – les ONG espèrent que leur travail permettra «de mener des discussions plus approfondies» avec le conglomérat.