Décembre a été le dernier mois à connaître un excédent de précipitations. Les trois mois suivants se sont écoulés sans ajouter leur lot habituel de pluie et de neige, très loin de là. Résultat: fin mars, au moment de dresser leur nouveau bilan, les météorologues n’ont plus eu le moindre doute: la Suisse était bien entrée dans une période prolongée de sécheresse.

Les communiqués se sont dès lors succédé pour donner la mesure de l’événement. Depuis le début de l’année et jusqu’à la première quinzaine du mois d’avril, «il est tombé nettement moins de la moitié des précipitations habituelles sur la plupart des régions», explique un récent message de MétéoSuisse. Dans la majeure partie de la Suisse romande et du Plateau alémanique, le pourcentage oscille entre 30 et 45% des précipitations moyennes. Le Tessin et le versant nord des Alpes s’en sortent un peu mieux, avec des valeurs de 40% à 60%. Mais le Valais et l’Engadine alignent des chiffres compris entre 15% et 30%.

La situation est exceptionnelle. Depuis l’établissement de mesures systématiques en 1864, cette période appartient au top ten des débuts d’années les plus secs dans la plupart des stations de mesure. Elle vient même en tête à Sils-Maria, en Haute-Engadine, avec 31,4 millimètres de pluie. A Genève, il faut remonter à 1953 pour trouver une période de janvier à mi-avril aussi pauvre en précipitations.

Une rétrospective des six derniers mois témoigne du même caractère exceptionnel. La période s’étendant de novembre 2010 à avril 2011 est la plus sèche pour les stations de Lausanne, Château-d’Œx, Sierre et Delémont après celle de novembre 1920 à avril 1921 qui est à la sécheresse ce que la canicule de 2003 est à la chaleur, totalement hors norme.

Pareil phénomène s’explique par l’existence d’une situation de haute pression au sein d’un système de perturbations pratiquement bloqué. L’été prochain n’est pas pour autant condamné à battre lui aussi des records. «Tout dépendra des mois de mai et de juin qui sont traditionnellement parmi les plus arrosés, répond Olivier Duding, météorologue à MétéoSuisse. Mais la canicule de 2003 avait été précédée de longs mois de sécheresse.»

Un retour à la moyenne est-il possible à la fin du printemps? «Cela n’est pas exclu, répond Olivier Duding. Mais il supposerait des précipitations de l’ordre de 250 à 300 millimètres d’ici à début juin, soit des valeurs très supérieures à la moyenne.»

La sécheresse a été accompagnée en janvier et février par des températures de saison. La chaleur a commencé ensuite à grimper pour atteindre de hauts niveaux ces dernières semaines. «Au rythme où il est parti, continue Olivier Duding, le mois d’avril 2011 pourrait être le deuxième le plus chaud depuis le début des mesures. A ce stade, il a 92% de probabilité de le devenir.» Sécheresse et chaleur: le danger commence à se préciser.

La situation n’a pas eu d’effets dramatiques jusqu’ici. Mais elle est considérée comme préoccupante à plusieurs égards. Tandis qu’elle a eu de premiers effets sur l’agriculture et la production d’énergie, beaucoup s’inquiètent des risques d’incendie qu’elle favorise au cours du long week-end à venir.

Le mois d’avril pourrait être aussi le deuxième le plus chaud depuis le début des mesures