Le parlement en discutera, sans pourvoir intervenir

L'annonce du plan décidé par le Conseil fédéral, la Banque nationale suisse (BNS) et la Commission fédérale des banques (CFB), et dont UBS est la principale bénéficiaire, a provoqué hier un concert de réactions politiques. Sur le fond, tous les partis, de droite comme de gauche, s'accordent sur la nécessité d'une intervention de l'Etat en faveur du numéro un bancaire suisse. Sur la forme, la gauche, qui réclame que le parlement ait son mot à dire, exige des contreparties à l'injection d'argent public.

De toute évidence, la majorité du parlement - soit les radicaux, le PDC et l'UDC - approuve cette décision, qualifiée d'«inévitable». «Même si l'intervention de l'Etat en faveur d'UBS nous reste en travers de la gorge», note le président des démocrates-chrétiens Christophe Darbellay. «Mais face aux distorsions de la concurrence provoquées par les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, la Suisse est bien obligée d'intervenir», renchérit le président de l'UDC Toni Brunner, laissant de côté ses attaques contre Eveline Widmer-Schlumpf.

Car la situation est exceptionnelle, soulignent les partis, en écho aux propos tenus par Pascal Couchepin: en Suisse, 70000 PME, clientes d'UBS, pourraient se retrouver en manque de liquidités. De même, 20% de l'épargne suisse est déposée auprès de cet établissement bancaire. «Le plan nous semble donc bien conçu», poursuit le président des radicaux, Fulvio Pelli. Mais les pertes provoquées «par une politique d'entreprise erronée ne doivent pas être socialisées et transmises au contribuable». La droite soutient donc l'engagement de l'Etat «limité dans le temps» et le versement d'intérêts sur le capital utilisé. Et pointe également du doigt «les fautes de l'ancienne équipe dirigeante d'UBS», note le PRD, qui exige de la part de ces personnes des «restitutions de bonus». «C'est la fin des golden boys», glisse ainsi Christophe Darbellay. Tandis que, de son côté, Fulvio Pelli note avec satisfaction «que la CFB veuille soumettre la politique de banque d'investissement à des règles plus strictes».

Du côté de la gauche, en revanche, la pilule du Conseil fédéral est plus difficile à avaler. «Il est évidemment important que le Conseil fédéral agisse, pour les épargnants et les PME», explique le président des écologistes Ueli Leuenberger. «Mais il s'agit d'un plan fait sur mesure pour UBS», s'insurge le président du PS Christian Levrat. Selon le Fribourgeois, «on protège les auteurs de la crise, alors que l'on doit se préoccuper des victimes». Le PS exige donc en contrepartie que la Confédération entre dans le capital d'UBS et y dispose d'un droit de regard. «Car avec ce plan, critique Ueli Leuenberger, la Confédération donne de l'argent aux chantres du néolibéralisme tout en renonçant à son droit d'actionnaire.»

De même, les «salaires excessifs, les boni exorbitants et les parachutes dorés» doivent être proscrits aux yeux de la gauche. Et, afin que le parlement ait la possibilité d'intervenir sur l'ensemble du paquet, les deux formations réclament une session extraordinaire des Chambres fédérales la semaine prochaine.

A noter, enfin, que la Ligue des contribuables, présidée par Alfred Heer (UDC/ZH) et proche de la droite dure, rejette le paquet du Conseil fédéral. Regrettant «que la population qui paie des impôts doive se porter garante pour les fautes de managers incapables et surpayés».