Depuis l'emballement de la crise financière, Le Temps a organisé des débats, d'abord avec des économistes, puis avec des élus politiques. Nous donnons aujourd'hui largement la parole à un philosophe: André Comte-Sponville, auteur de plusieurs livres à succès, dont Le capitalisme est-il moral?

Les philosophes sont des phares. Par le culte de la raison et par l'honnêteté morale mise au service de l'humanité, ils cherchent à répandre le libre examen et les lumières. Sans hargne ni mépris, mais avec intelligence et lucidité, André Comte-Sponville souligne la singularité de la présente crise: l'enrichissement avec de l'argent qu'on ne possède pas. Une logique nouvelle, étrangère au capitalisme classique et qui révèle «l'égoïsme» et «la folle cupidité» des hommes, à l'origine de la crise.

La morale et l'esprit du capitalisme veulent que les gains soient proportionnels aux risques. Ce n'était plus le cas parce que l'homme est mû d'abord par la passion, laquelle est aveugle et déraisonnable, constate le philosophe. Croire que les règles internes du marché suffiraient à éviter le pire était une erreur. «La seule solution vient de la politique et du droit qui fixeront des limites externes à l'enrichissement des uns et des autres.»