Lors d’un entretien d’embauche, l’employeur n’est pas autorisé à poser des questions sur vos projets de famille, tant que le poste de travail ne présente pas de danger. Si le recruteur se montre trop curieux, «la meilleure solution, [selon] la doctrine juridique majoritaire, est de mentir», estimait Alexandre Curchod, avocat spécialisé en droit du travail dans la dernière édition de Carrières. Provoquant un tollé auprès des lecteurs.

Si vous êtes déjà enceinte, par contre, «le recruteur peut vous poser des questions. Et vous devez y répondre de bonne foi», notait l’avocat. Et si vous êtes enceinte de quelques semaines et que votre ventre peu rebondi ne se remarque pas? Vous n’êtes pas tenue d’annoncer votre grossesse, estime le praticien. Au risque de s’attirer les foudres de l’employeur quelques semaines plus tard, argue un lecteur.

D’un point de vue légal, l’entreprise n’a pas le droit de licencier l’employée pendant la période d’essai en raison de sa grossesse. Mais dans les faits, «la marge de manœuvre de l’employeur est beaucoup plus grande pendant cette période et il sera plus difficile pour l’employée de faire valoir un congé abusif», reconnaît Alexandre Curchod.

Tester la culture d’entreprise

Il arrive, bien sûr, que l’annonce soit bien reçue par l’entreprise. «J’ai eu une candidate qui m’a annoncé trois semaines après son engagement qu’elle était enceinte. Je l’ai félicitée et nous avons commencé à préparer son absence», affirme Urs Burgunder, directeur des ressources humaines (DRH) chez Kelly Services. «Elle a fait un excellent travail jusqu’à son accouchement, puis elle a repris son poste après 20 semaines. Il est difficile de trouver des candidats avec le bon profil. Donc nous recrutons une femme qualifiée, même si elle tombe enceinte. Et je préfère qu’elle l’annonce tôt pour que nous puissions préparer la suite.»

Toutes les expériences ne sont pas aussi concluantes. Lorsqu’il était responsable des ressources humaines, Alain Salamin (aujourd’hui consultant) se souvient de trois femmes ayant annoncé spontanément leur grossesse pendant le recrutement. «Deux d’entre elles ont été embauchées et cela s’est très bien passé. Une troisième n’a pas eu cette chance, car l’équipe qu’elle rejoignait ne pouvait pas se permettre une absence prévisible de plusieurs mois.» Une candidate qui aurait mieux fait de se taire? «Je ne crois pas. Je me souviens du cas d’une personne qui a annoncé sa grossesse quelques semaines après son engagement. Cela a été très mal reçu. L’employée s’est d’ailleurs mise très rapidement en arrêt maladie, puis elle a donné sa démission immédiatement après son congé. S’il y a des employeurs sans éthique, il y a aussi des candidates sans scrupule», glisse-t-il.

Au final, vaut-il mieux se taire ou annoncer sa grossesse? Tout comme Alain Salamin, Stéphane Haefliger, DRH à la Banque Privée Espírito Santo, conseille d’en parler: «Un entretien, c’est un moment particulier où se fabrique de la confiance. Or la confiance se construit dans la transparence. C’est un risque, bien sûr. Mais c’est surtout un excellent test pour examiner si l’entreprise a une culture favorable aux femmes.»