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Après un viol barbare, les Turques déballent

#ozgecanaslan et #sendeanlat rallient la rage de toutes les femmes turques qui dénoncent la violence machiste qui les assassine

Mot-clé #ozgecanaslan, pour Ozgecan Aslan. Le nom d’une jeune fille turque. 20 ans. Etudiante en psychologie. Retrouvée morte, le 13 février, au fond d’une rivière, les mains coupées, le corps brûlé. Après avoir été violée puis que son corps a été fracassé à coups de barre de fer.

Ses tortionnaires sont sous les verrous. Et des milliers de Turques et de Turcs, depuis quelques jours, dans la rue, pour protester contre la violence des mâles faite aux femmes et pour dénoncer la recrudescence de ces actes.

Briser l’omerta

La rue exprime physiquement sa colère. Et les réseaux sociaux répercutent, approfondissent et articulent cette clameur: #ozgecanaslan a ainsi rallié près de 3,6 millions de micromessages.

Sur Twitter, les féministes turques invitent aussi, depuis, toutes les femmes à briser l’omerta et à dire combien est humiliante la constante pression sexuelle machiste. C’est alors le hashtag #sendeanlat qui est à la manœuvre: quelque chose comme #toi aussi raconte. Topsy, un site de monitoring des trends sur Twitter, en retrace l’explosion: plus de 700 000 tweets en quelques jours.

Cette injonction, une jeune actrice célébrissime en Turquie et dans tout le monde arabe, Beren Saat, 31 ans, l’a prise au mot: elle déballe sur Twitter, grâce à un habile montage photographique, son témoignage sur tout ce qu’elle-même a subi: des mains intempestives et ivres sur les fesses; des organes génitaux masculins exhibés sous son nez; des harcèlements récurrents au quotidien.

Le quotidien Hürriyet reprend son témoignage: la clameur, boostée par la notoriété de l’actrice, monte d’un cran.

Impunité

Et partout sur les sites proches du monde moyen-oriental, c’est la consternation. Parmi les nombreuses réactions, le texte d’une anthropologue turque doctorante à l’Université de Cornell, Elif Sari, retient l’attention, dans le magazine online Jadaliyya.

Dans cet hommage, elle se penche sur la violence sexuelle et sur le merveilleux système juridique turc, censé, dans les textes, la poursuivre. Son analyse, implacablement documentée et chiffrée, dissèque ce que la loi prévoit… Et l’impunité, dans les faits, des criminels. Résultat d’une société machiste, comme on peut aussi en trouver au Honduras, au Salvador, au Guatemala ou en Inde. C’est elle qui trace ces parallèles.

Actrice célèbre, intellectuelles, femmes ordinaires, tous âges confondus: ce sont toutes ces Turques fières mais outragées et meurtries qui montent aujourd’hui au créneau: «irl» et online.