éditorial

Armes chimiques en Syrie: de la riposte à la stratégie

EDITORIAL. L’usage d’armes chimiques heurte l’humanité dans son essence même, au même titre que les atrocités et les attentats commis par l’organisation Etat islamique

Il est des images qui changent le monde, ou qui du moins devraient le changer. Voir un enfant suffoquer, la bouche et les narines emplies de mousse blanche, puis se débattre tandis qu’il s’asphyxie et finit par se figer, devrait être de celles-là. Si c’est à ce type de scènes que l’on juge le degré atteint par l’humanité en ce début de XXIe siècle, le genre humain a intérêt à agir vite; et de manière déterminée.

Même si, pour des raisons d’opportunité politique, il n’aurait jamais dû être appelé de ce nom-là, l’usage d’armes chimiques – a fortiori délibérément adressé contre des enfants et des civils afin non seulement de les tuer mais aussi de terroriser les survivants – est assurément une «ligne rouge». Ce qui tient lieu aujourd’hui de «communauté internationale» a raison de proclamer qu’elle doit rester infranchissable. Quitte à assumer l’hypocrisie de la production de quantité d’autres armes tout aussi meurtrières, et du commerce juteux dont elle bénéficie.

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L’usage d’armes chimiques heurte l’humanité dans son essence même. Point. Même, et peut-être surtout, s’il a eu lieu dans la Ghouta orientale, au cœur de ce conflit syrien qui hante la conscience de la planète depuis sept ans déjà, et qui risque à tout moment de la plonger dans un gouffre sans fond. Mais c’est là que réside un paradoxe phénoménal.

Il n’y a pas si longtemps, dans cette même région, c’est cette même humanité qui se sentait aux prises avec une autre menace d’un même genre: ces carnages commis par le prétendu Etat islamique, ces abominables mises en scène, cette furie sanguinaire, qui trouvent leurs développements dans les attentats qui continuent de frapper un peu partout, et que nul n’a besoin de qualifier de «ligne rouge», tant ils dépassent les bornes de l’intelligible.

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Vertige! Car celui qui s’est rendu coupable de l’emploi de gaz toxiques (en vérité à de nombreuses reprises et de manière quasi routinière) avait fini par apparaître comme le meilleur rempart, ou au moins comme un pis-aller, face à ces autres monstres. L’affaire est plus grave encore, puisque ce n’est pas seulement le régime syrien qui est en accusation, mais aussi ses principaux soutiens, l’Iran et la Russie, dont on se demande à quel point ils croient eux-mêmes dans les justifications abracadabrantes qu’ils mettent en avant pour défendre leur protégé.

Lutter contre la barbarie chimique? Mais à quel prix, et avec quelles conséquences? Alors qu’il a déjà prouvé par ses multiples volte-faces qu’il se soucie de la Syrie comme d’une guigne, le président Donald Trump semble guidé par une seule motivation réelle: faire l’inverse de son prédécesseur Barack Obama, qui avait baissé les bras face à la catastrophe. Le moteur premier de son principal allié potentiel, Emmanuel Macron, semble être, quant à lui, de ne pas (trop) se déjuger, tout en gardant un œil sur sa future visite en Russie. De quoi, sans doute, susciter une riposte, mais qui sera difficile à traduire en une stratégie cohérente face à un tel défi.

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