Lance Atkinson et Jody Smith sont tombés. Le 14 octobre dernier, le Néo-Zélandais et le Texan voyaient l'entier de leurs avoirs gelés suite à une vaste opération dirigée depuis les Etats-Unis. Il a en effet fallu une coopération internationale dirigée par la Federal Trade Commission (FTC) américaine pour faire plier les deux spammeurs. Ils agissaient depuis 2005 au moins et dirigeaient le gang HerbalKing. Celui-ci était à la tête d'un réseau de grande ampleur, capable d'envoyer plus de 10 milliards (oui, milliards...) de pourriels par jour, notamment via 35000 ordinateurs zombies. L'association Spamhaus, spécialisée dans la lutte contre le spam, estime que HerbalKing était responsable d'un tiers du spam mondial. Au total, quelque 3 millions de plaintes ont été enregistrées par la FTC de la part d'internautes.

Autant dire que les poissons pris dans les filets de la justice étaient très gros. Mais, immédiatement, plusieurs experts du spam ont averti: il risque de n'y avoir aucune incidence sur la boîte de réception des internautes. Deux semaines après ce coup de filet, les statistiques leur donnent raison. La société de recherche IronPort estime que 183,5 milliards de spams ont été expédiés le 13 octobre. Ils étaient 176,6 le 17 et 209,7 le 23 octobre.

L'impact et donc imperceptible, voire nul. Pourquoi? D'abord parce que l'immense majorité des spams sont expédiés depuis des zombies, c'est-à-dire des ordinateurs d'internautes infectés, et qui envoient ces pourriels sans que l'utilisateur s'en rende compte. Il est tout à fait possible, estiment des experts, que ces zombies continuent de recevoir des instructions pour l'envoi de ces spams de façon automatique depuis des ordinateurs situés en Chine ou en Russie.

Autre explication, complémentaire et plus inquiétante: le gang HerbalKing sous-traitait une grande partie de l'envoi des spams. Les spammeurs qui travaillaient pour eux se sont simplement tournés vers d'autres commanditaires.

Pour combattre efficacement le spam, il faut donc que les internautes protègent leurs ordinateurs avec des logiciels de sécurité. Il faut aussi continuer à traquer les spammeurs pour éviter qu'une relève ne soit en permanence prête à démarrer de nouvelles activités. Malheureusement, cette vision s'assimile presque à de l'angélisme, lorsque l'on sait que Lance Atkinson, l'un des deux associés de HerbalKing, s'était fait condamner à payer 2,2 millions de dollars en 2005 pour des activités liées au spam. Il n'avait alors que 23 ans. Ce jugement, obtenu déjà par la FTC, ne l'a nullement découragé de reprendre ses activités délictueuses.

Les méthodes des spammeurs se sont professionnalisées. Dans le cas de HerbalKing, les opérations étaient gérées depuis l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis, l'envoi de spams coordonné depuis la Chine, les faux Viagra expédiés depuis l'Inde et l'argent récupéré et blanchi via la Russie, la Géorgie et Chypre. «Leurs sites web étaient construits de façon très professionnelle. Il y a quelques années, il était possible de distinguer les faux sites de médicaments des vrais. Ce n'est plus possible», reconnaissait Steve Baker, directeur de la FTC pour le Midwest.

Depuis plus d'un an, la justice, notamment américaine, a intensifié ses actions contre les spammeurs. Une dizaine d'entre eux croupissent désormais en prison, sans qu'aucune incidence sur les chiffres du spam soit constatée. Parmi les spammeurs, Robert Solowaya a été condamné à 47 mois de prison. En juillet, Edward Davidson, condamné à 21 mois de prison pour spams, était parvenu à s'échapper pour finalement tuer son épouse et sa fille et se suicider.