Augusto Giacometti, somptuosité de la couleur

Une exposition à Berne met enfin en lumière l'art de ce représentant original de la famille Giacometti. Grand coloriste, Augusto fut un pionnier de l'abstraction

Après Meret Oppenheim en 2006, après Giovanni Giacometti en 2009 et Cuno Amiet en 2011, le Musée des beaux-arts de Berne présente l'œuvre d'un autre représentant éminent de l'art suisse, caractérisé par l'originalité de son approche. Augusto Giacometti illustre à son tour le «phénomène Stampa», qui a vu ce modeste village de montagne, dans les Grisons, abriter des artistes promis à un renom international. La maison familiale d'Augusto, dans le bas du village, se trouvait non loin de celle où vivait et travaillait son cousin Giovanni, de neuf ans son aîné et le père d'Alberto - aujourd'hui le plus célèbre de la famille.

Le titre de l'exposition, La couleur et moi, reprend celui d'une conférence donnée par le peintre à la radio en 1933. De l'Art nouveau à l'abstraction, Augusto Giacometti a notamment composé, entre 1910 et 1920, des «fantaisies chromatiques» proprement inclassables, toujours audacieuses et merveilleuses. Même la nature morte, à laquelle il revient à la fin de sa vie, ou le paysage, il parvient à les métamorphoser, dans une polyphonie de couleurs et un éclatement des formes, qui évoque la mosaïque - mais une mosaïque dont les éléments seraient juxtaposés avec moins de méticulosité que de bonheur et de fougue.

Dans l'exposition bernoise, l'œuvre dialogue avec celles d'autres grands coloristes, au fil du temps: Paul Klee, Johannes Itten, Richard Paul Lohse, Josef Albers, Mark Rothko, entre autres. Augusto Giacometti est donc né en 1877 à Stampa, dans le Val Bregaglia. Il étudie à la Kunstgewerbeschule de Zurich, puis auprès d'Eugène Grasset à Paris. Ensuite, opérant un saut par-dessus les écoles et les tendances picturales, il fréquente les milieux futuristes en Italie, dadaïstes à Zurich, et réalise des compositions inclassables, se fondant, on a envie de dire aveuglément, sur son sens de la couleur. Lequel le poussera également vers le vitrail, où fusionnent lumière, couleur et forme. L'artiste s'éteindra à l'âge de 70 ans, à Zurich.

Outre l'huile, et le verre du vitrail, Augusto Giacometti a volontiers recouru au pastel, dans un esprit proche de celui qui baigne les évocations oniriques d'Odilon Redon. Ce médium lui permet d'échanger les taches empâtées, presque en relief, qui évoquent les brisures de coquille d'œuf, contre cette poussière de craie qui porte en elle la couleur, et dont l'accumulation, sur des fonds sombres, fait ressortir l'éclat sourd des rouges, des bleus. Dans ses petits pastels, dès les premières années du XXe siècle, le peintre s'éloigne de la figuration pour pénétrer, en véritable pionnier, dans les jardins inconnus de l'abstraction.
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