Le Temps: Le monde a-t-il besoin de plans de relance?

Jean Imbs: Clairement oui. Il y a, globalement, un renchérissement du coût de crédit. Les ménages ont des difficultés à obtenir des prêts. Idem pour les entreprises, petites ou moins petites, qui en ont besoin pour leurs fonds de roulement ou autres dépenses courantes. La crise du crédit qui nous frappe est en fait similaire à un choc à l'offre, qui augmenterait les coûts de la production, au même titre qu'un choc pétrolier. A la différence que ce choc frappe tous les secteurs.

- A quoi servent-ils?

- Les plans de relance servent à stimuler l'activité économique. Et, par définition, ils sont désirables dans des périodes de ralentissement. Ils sont aussi contre-cycliques.

- Quels sont les outils?

- La baisse d'impôts ciblée est en l'occurrence un outil adéquat. Elle permettrait aux entreprises de préserver des liquidités pour assurer leur gestion à court terme, en limitant la pression fiscale. Elle permettrait de maintenir également la capacité de consommation des ménages. En revanche, il n'est pas clair qu'une politique de travaux publics soit indiquée. Le problème est de maintenir l'accès à la liquidité, plutôt que de créer de l'activité. En tout cas pour l'instant. Il reste préférable que l'Etat, par des mesures fiscales, aide à la création d'emplois dans le secteur privé.

- Qui les finance?

- Une baisse d'impôt, si elle n'est pas accompagnée simultanément d'une baisse de dépenses publiques, devient une dette. Qui devra tôt ou tard être payée par les contribuables.

- Peut-on comparer la crise actuelle à la Grande Dépression, suite à laquelle les Etats-Unis ont mis en place le New Deal en 1933?

- Les chiffres n'ont pour l'instant rien à voir. Le taux de chômage n'est de loin pas autour de 25%, et on ne parle pas de contraction de 10 ou 20% du PIB. C'est l'échelle de cette dépression qui explique l'ouverture des travaux d'infrastructures aux Etats-Unis. Par contre, comme le New Deal, la présente crise bouleverse le paysage politico-économique mondial. L'Etat revient en force. Les deux banques d'investissement américaines sont devenues des banques commerciales, soumises à des règles bien plus rigoureuses. En Suisse, on parle d'ajouter une nouvelle couche au système de régulation bancaire Bâle II.