«Ah, si j’avais un enfant au teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme l’ébène!» En prononçant ce vœu, la douce reine de Blanche-Neige pensait peut-être à Clotilde Hesme. Yeux verts pour teint clair, cheveux foncés coupés au carré, la comédienne française, 30 ans pile aujourd’hui, a tout de l’héroïne des frères Grimm. La beauté, bien sûr. Mais aussi la gentillesse spontanée dès les premiers instants de cet entretien avignonnais. Et cette manière de penser en termes de clan – les sept nains? – quand on lui demande de se présenter.

Qui êtes-vous, Clotilde Hesme? Une provinciale montée à la capitale, répond l’actrice fétiche de Christophe Honoré, cinéaste de la nouvelle «nouvelle vague» arty et parisienne. Née dans une famille de fonctionnaires – le père est greffier de justice, la mère, assistante sociale –, Clotilde grandit dans un petit village aux portes de Troyes, à une heure et demie de Paris. «Il ne se passait rien, on inventait tout.» Pour son théâtre domestique, elle a des partenaires de choix: Elodie et Annelise, ses sœurs aînées, sont aussi aujourd’hui des comédiennes remarquées.

L’art dramatique, un héritage familial? «Même pas. Mon père était fou de musique. Organiste et pianiste. J’ai grandi sans voir un spectacle, mais en entendant du Bach tous les jours.» Il y a pire initiation artistique. Et les effets de manche ne sont pas loin: la petite Clotilde consacre ses heures de congé à assister aux audiences de justice. «L’accès était interdit aux mineurs, surtout les Assises où meurtres et turpitudes s’enchaînaient, mais, en tant que greffier, mon père me faisait entrer par une porte dérobée… Je me souviens de ma fascination pour ce théâtre humain.»

Aujourd’hui encore, elle avoue un faible pour les faits divers et les émissions d’enquête. «Passion de l’âme et ses tourments», sourit la belle enfant. Une aspiration dont témoigne encore sa lecture en cours: Guerre et paix, chef-d’œuvre d’émois en tout genre signé Léon Tolstoï.

Pas étonnant que Clotilde Hesme ait conseillé Victor Hugo à Christophe Honoré lorsque le cinéaste, invité cette année au Festival d’Avignon, cherchait un auteur pour son premier grand projet théâtral. «De Hugo, j’aime ce principe romantique qui consiste à ramener la vie dans l’art, la monstruosité dans le sublime», explique celle qu’on peine à imaginer monstrueuse. «J’ai toujours eu de la facilité, je n’ai jamais fait de vagues. Mais en classe je ne m’intéressais déjà qu’aux perturbateurs!» Grincheux n’est-il pas le nain préféré de Blanche-Neige?

Le théâtre, le vrai, surgit lorsque l’étudiante rejoint Paris. «J’étais inscrite en lettres à la Sorbonne, parce que, de Maupassant à Faulkner, j’ai toujours adoré la lecture. Mais un jour, à force de les lire tous ces mots, j’ai eu envie de les dire.» Les spectacles qu’elle découvre dans la capitale finissent de la convaincre. Elle est frappée par l’univers lyrique et métissé du Flamand Alain Platel, chavirée par le théâtre vérité du Polonais Krystian Lupa. L’élève comédienne fréquente d’abord les classes libres du Cours Florent avant d’être acceptée au très inaccessible Conservatoire de Paris. «J’ai adoré les enseignements de Denis Podalydès, Catherine Hiegel et Cécile Garcia-Fogel.»

De cette dernière, comédienne à la fois menue et sauvage, Clotilde Hesme a conservé une manière ventrale de dire le texte. La voix est grave, le souffle audible. La motivation vient des tripes. «C’est un superbe compliment d’être comparée à Cécile. Elle est un modèle pour moi.»

Pour quels metteurs en scène rêve-t-elle de travailler? «Ceux avec qui j’ai déjà collaboré. Je plébiscite la notion de famille, de clan.» Soit, en tête, Christophe Honoré, versant théâtre et cinéma. Elle apprécie sa «capacité de légèreté, même dans la gravité». Luc Bondy, aussi, qu’elle a rencontré grâce à René Gonzalez, à Vidy-Lausanne, et pour qui elle a incarné la marquise dans La Seconde surprise de l’amour. «J’aime son élégance et sa manière de partir des comédiens pour construire des personnages.»

Parmi ses metteurs en scène préférés figure encore Bruno Bayen. Dans le récent et controversé Laissez-moi seule, à l’affiche du Théâtre de la Colline, à Paris, Clotilde jouait Lady Di «avec la choucroute blonde et les perles!» «Le spectacle n’a pas bien marché, mais je suis convaincue que Bayen est un visionnaire.»

Elle cultive le plaisir. «Je fuis les metteurs en scène terroristes.» Les beaux personnages féminins retiennent aussi son attention. «En septembre, je tourne dans Angèle et Tony, prochain film d’Alix Laporte. L’histoire d’une ex-détenue qui tente de retrouver une vie stable pour récupérer son enfant.»

Le prince charmant, Clotilde Hesme l’a déjà trouvé. C’est un comédien. Du clan. Ensemble, ils veulent beaucoup d’enfants.