Ce clip de musique, je m’en rappelle bien, je l’avais déjà regardé chez moi, sur Youtube. Mais à Berlin, impossible, je n’ai droit qu’à ce message: «cette vidéo n’est pas disponible dans ce pays». L’espace d’un instant, je me suis crue en Chine devant la grande muraille pare-feu. Sauf que là, il ne s’agit pas de censure politique, mais de droit d’auteur. En la matière, la société allemande Gema passe pour la plus féroce d’Europe. Elle a crié victoire en avril dernier quand, après des mois de conflit, la cour du district de Hambourg a décidé de tenir Youtube pour responsable de violation des droits d’auteurs si la plateforme de diffusion de vidéo ne retirait pas ses contenus protégés. Un point pour l’industrie de la musique et du film. Le dernier coup de la Gema, par contre, fait hurler dans les milieux de la fête et du tourisme dans la capitale allemande. La société allemande des droits d’auteur veut réformer sa structure tarifaire pour les clubs et les bars de Berlin. A partir du premier janvier 2013, elle compte prélever une taxe de 10% pour utilisation de la musique sur chaque place vendue. Le tarif augmente si de la musique est jouée pendant plus de cinq heures.

Le 25 juin dernier, 5000 Berlinois sont descendus dans la rue pour protester contre cette «folie». Plusieurs personnalités politiques de la ville ont joint leurs voix à la critique. Plus de 260 000 sympathisants ont signé une pétition mise en ligne par des patrons de bars et de clubs, qui prédisent une hausse des taxes entre 400 à 1400%. Selon eux, les revenus de la Gema ne reviendront pas aux artistes qui se produisent dans les clubs, mais plutôt aux groupes populaires qui parcourent les festivals. Le mythique Berghain, sanctuaire de la nuit berlinoise, menace de mettre la clef sous la porte si la réforme a lieu. Les clubs ont bien trop peu payé jusqu’ici, rétorque la Gema.

Après la chute du mur en 1989, les Berlinois dansaient sur les ruines de l’Allemagne communiste. Bars et discothèques essaimaient illégalement dans les usines abandonnées à l’est de la ville. Aujourd’hui, le monde de la nuit berlinoise s’est transformée en une industrie qui génère des millions d’euros. Plus d’un tiers des touristes se rendraient à Berlin pour sa vie nocturne avant tout. Une manne que la Gema tient à surveiller de près. Certains prédisent déjà le retour des clubs sauvages.