Les défenseurs du CEVA peuvent se réjouir: le Conseil fédéral a confirmé le 1er juillet, par écrit, qu’il ne lâchera pas le canton de Genève malgré les surcoûts liés au projet ferroviaire qui doit permettre de relier la gare de Cornavin à la ville frontalière d’Annemasse. Dans sa réponse à une interpellation de la députation genevoise à Berne, dont Le Temps a pris connaissance, la Confédération se dit consciente qu’elle devra payer davantage que les 550 millions déjà garantis. Et prête à le faire. Un engagement qui met du baume au cœur des pro-CEVA au moment où les opposants au projet, qui ont déjà lancé un référendum contre le crédit supplémentaire de 113 millions voté par le Grand Conseil, affûtent leurs armes: ils présenteront aujourd’hui leur plan de bataille aux médias.

L’union des parlementaires

L’interpellation avait été déposée le 27 mai par le conseiller national libéral Christian Lüscher. «Mais les onze parlementaires genevois ont signé», précise-t-il. En tout, pas moins de 42 élus se sont même joints à la démarche: des Vaudois, comme le popiste Josef Zisyadis ou la radicale Isabelle Moret, le socialiste jurassien Jean-Claude Rennwald ou encore l’UDC valaisan Oskar Freysinger.

Dans le contexte d’incertitude qui entoure le CEVA, combattu par de nombreux recours et contesté par un référendum, les parlementaires demandaient au Conseil fédéral de «rassurer le canton de Genève sur sa volonté de financer le CEVA dont elle a approuvé les plans il y a un an». Mais aussi de confirmer que la Confédération financera sa part de surcoût, soit 213 millions de francs.

Conseil fédéral engagé

Dans sa réponse datée du 1er juillet, le Conseil fédéral rappelle en premier lieu que la somme garantie de son côté à ce jour s’élève à 550 millions. Un montant qui correspond à 57% des coûts tels que devisés initialement, le canton s’acquittant des 43% restant, soit 400 millions. Sauf que depuis, la facture a grimpé à 1,5 milliard. De son côté, le canton de Genève a déjà voté un crédit supplémentaire de 113 millions en juin.

Le Conseil fédéral, pour sa part, écrit que «la Confédération est consciente du fait que [le montant de 550 millions] ne permettra pas de financer sa part définie par le protocole d’accord de 2002 en raison de l’actualisation des coûts et d’adaptations nécessaires au projet». Soulignant que le coût réévalué du projet est connu depuis mars 2009, la Confédération assure avoir «montré son intention de respecter ses engagements à l’occasion de différentes rencontres à haut niveau avec le canton de Genève et les CFF».

Un «maillon» pour la région

Un groupe de travail tripartite planche actuellement sur l’analyse des surcoûts, liés aux améliorations réclamées par les communes, les riverains et l’administration pour réduire les nuisances que génère le projet (LT du 26.02.2009). Mais aussi à l’application des normes de sécurité imposées par l’Office fédéral des transports. Sans compter le renchérissement, qui gonflera considérablement la facture du CEVA, dont la mise en service est prévue en 2015.

Le Conseil fédéral œuvrera à la recherche d’économies. «Nous mettons tout en œuvre afin de permettre à la Confédération d’honorer ses engagements […]» Et surtout, réaffirme l’importance du projet phare de Genève: «La Confédération est consciente de l’importance de la ligne du CEVA en tant que maillon manquant du réseau de transports publics ­franco-valdo-genevois, et tient à cet égard, et au titre de la coopération transfrontalière, à apporter son soutien à ce projet.»

Attentes vis-à-vis de la France

La réponse du gouvernement est à la hauteur des attentes de Genève. «Elle est excellente!» s’enthousiasme Christian Lüscher. «Nous avons désormais la confirmation que la Confédération va tenir ses engagements. Elle va payer le reste», renchérit Gabriel Barrillier, élu radical au Grand Conseil genevois et coprésident du comité de soutien au CEVA.

Berne n’émet qu’une seule réserve au projet: «La Confédération attend un engagement clair du côté français au sujet de l’adaptation du tronçon existant entre Annemasse et la frontière suisse.»