Des innombrables obstacles à surmonter pour réaliser un canton de l’Arc jurassien, celui du statut de la Ville de Bienne apparaît comme le plus délicat. Economiquement, Bienne est une composante de la région horlogère et microtechnique. La ville est partie intégrante du réseau des villes de l’Arc jurassien. Logiquement, les 50 000 habitants de la cité pilotée par Hans Stöckli devraient intégrer le projet de nouveau canton.

Mais Bienne ne fait pas partie du Jura bernois. C’est une ville bernoise qui cultive ses spécificités. A commencer par son bilinguisme (40% de francophones et 60% d’Alémaniques). Alors, Bienne préfère jouer un rôle solitaire de citadelle interculturelle. Elle s’applique à être une ville particulière dans un canton de Berne bilingue, grâce à elle.

Si Neuchâtel et le Jura disposent de la latitude pour imaginer une fusion, il en va différemment du Jura bernois et de Bienne, parties du canton de Berne. Certes, la majorité alémanique bernoise se préoccupe peu de sa minorité francophone. Elle pourrait la «laisser partir», s’offusquant de ses privilèges et des coûts qu’elle induit. Il en va différemment des autorités gouvernementales. Entre Zurich et l’Arc lémanique, elles se positionnent comme lien confédéral, à cheval sur les cultures. Abandonner la minorité francophone nécessiterait un changement radical de paradigme.

L’incertitude du périmètre du projet de canton de l’Arc jurassien ne concerne pas seulement Bienne. Yverdon, le Nord vaudois et la vallée de Joux appartiennent aussi à l’Arc jurassien. Doivent-ils être associés au concept institutionnel?

Autres questions qui fâchent: élire quelle ville chef-lieu du super-canton? Et quel nom lui donner? La formule Arc jurassien heurte les Neuchâtelois du Littoral, ou les Biennois s’ils entrent dans la danse. C’est anecdotique, mais éclairant: la HES tricantonale Neuchâtel-Berne-Jura devait s’appeler HE Arc jurassien. Par gain de paix, elle a perdu l’épithète «jurassien», pour devenir HE-Arc. Faut-il désormais parler de super-canton Arc? Ou reprendre l’inélégante mais diplomatique abréviation Bejune?