«Les instituts monétaires n'ont pas la capacité de garantir à eux seuls la stabilité du système financier», a averti mercredi Philipp Hildebrand, vice-président de la Banque nationale suisse (BNS). Il s'est exprimé lors d'une conférence à Londres, appelant les gouvernements à coordonner leurs actions, à l'exemple des banques centrales.

En moins d'un mois, les instituts monétaires ont fourni 620 milliards de dollars aux marchés. La BNS a largement participé à ces opérations. A partir du 18 septembre, elle a versé 154,7 milliards de dollars aux banques contre des titres mis en pension chez elle. La demande, de 38,5% plus forte puisqu'elle s'est montée à 214,3 milliards de dollars, n'a pas été entièrement satisfaite.

La BNS poursuit ses opérations en dollars, à raison d'une offre de quelque 10 milliards par jour. Elle a en outre planifié, jusqu'à fin décembre, des mises en pension de titres, pour des durées plus longues, contre la diffusion de 36 milliards de dollars supplémentaires. Ces sommes, garanties par des titres mis en pension par les banques emprunteuses, sont fournies par la Réserve fédérale américaine. La BNS ne puise donc pas dans ses réserves, mais a-t-elle les poches suffisamment profondes pour affronter une éventuelle amplification de la crise? En théorie oui, puisqu'elle peut émettre de la monnaie et emprunter sur la base de la force économique du pays. «La crise financière ne change rien au fait que les fonds propres, comme les réserves en or et en devises de la BNS, sont trop importants et totalement surdimensionnés. N'oublions pas que la BNS, garantie par l'Etat, peut emprunter comme bon lui semble», souligne Thomas von Ungern, professeur d'économie à l'Université de Lausanne.

Défendre le franc suisse

A fin août, la BNS disposait de fonds propres à hauteur de 59,2 milliards de francs, une réserve d'or de 32 milliards et des placements en devises pour 47,8 milliards. Dans ces conditions, ne devrait-elle pas garantir l'épargne déposée en Suisse à hauteur de 100 000 francs par compte et par personne? «Dans aucun pays il revient à la banque centrale de garantir l'épargne. C'est la tâche du gouvernement», explique Werner Abegg, porte-parole de la BNS. La banque centrale ne pourrait-elle pas, en cas de crise majeure, offrir cette garantie le temps que le parlement modifie la loi?

«Un tel changement des règles relèverait d'une décision politique. Je rappelle que le rôle attribué à la BNS consiste uniquement à fournir des liquidités au système bancaire et à offrir des prêts à des banques en difficulté en Suisse», souligne Werner Abegg. Selon cette répartition des tâches, les réserves de la BNS sont destinées à défendre le franc suisse.

Mercredi soir, le Parti socialiste a exigé la convocation d'une table ronde entre les partis et le gouvernement afin de définir un plan d'action pour affronter la crise.