Le bilan de ce raid effectué au coeur de la nuit pourrait encore s'alourdir car "de nombreux patients et membres du personnel manquent encore à l'appel", explique MSF. Le dernier bilan fait état de neuf employés et sept patients tués, dont trois enfants, ainsi que de 37 personnes grièvement blessées, selon une porte-parole de l'ONG. On dénombre également de nombreux disparus.

Au moment du bombardement, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents dans l'hôpital de cette grande ville du Nord, situé non loin du centre-ville. Kunduz a été le théâtre d'âpres combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes cette semaine.

L'OTAN reconnaît qu'un raid américain "pourrait avoir causé des dommages collatéraux dans un centre médical qui se trouvait à proximité" de l'hôpital de MSF. L'opération visait sans doute "des terroristes armés qui ont attaqué l'hôpital de MSF et l'ont utilisé en tant que base pour attaquer les forces afghanes et les civils", a précisé le ministère afghan de la Défense.

Un aspect que MSF ne manquera pas de souligner au cours de l'enquête ouverte par l'OTAN: l'ONG affirme que les bombardements se sont poursuivis "pendant plus d'une demi-heure" après qu'elle a averti les armées afghane et américaine que son établissement avait été touché. MSF assure avoir transmis préventivement les coordonnées GPS de son hôpital à "toutes les parties" du conflit, et "notamment à Kaboul et Washington". Or, l'OTAN n'évoque qu'une "frappe aérienne" américaine, sans préciser combien de bombes ont été larguées.

Le centre de soins de MSF a apporté une aide cruciale à la population civile dès lundi et la prise de Kunduz par les talibans, puis la contre-offensive des forces de sécurité afghanes. C'est le seul hôpital dans cette région du nord de l'Afghanistan capable de traiter des grands blessés.

"MSF a traité 394 blessés depuis lundi", a expliqué Bart Janssens, directeur des opérations de l'ONG. "Nous sommes terriblement choqués par cette attaque", a-t-il ajouté. "MSF condamne dans les termes les plus vifs l'affreux bombardement", écrit l'ONG dans un communiqué.

La Croix-Rouge a parlé d'une "effroyable tragédie", la mission de l'ONU en Afghanistan (Unama) a condamné cette frappe "dans les termes les plus forts", tandis que la France a appelé à ce qu'"une enquête soit conduite" et le commissaire européen aux Affaires humanitaires Christos Stylianides s'est dit "profondément choqué".

Le bombardement est "inexcusable" et "possiblement criminel", a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme Zeid Ra'ad Al Hussein. Il a appelé à une enquête approfondie et transparente, relevant que "si elle est reconnue comme délibérée par la justice, une frappe aérienne sur un hôpital pourrait constituer un crime de guerre". "Cet événement est profondément tragique, inexcusable et possiblement criminel", a-t-il ajouté.

Pour sa part, le chef du Pentagone, Ashton Carter, a affirmé samedi qu'une "enquête exhaustive" était en cours sur le bombardement d'un hôpital de MSF à Kunduz en Afghanistan, mais sans confirmer s'il a été mené par des forces américaines. Le secrétaire à la Défense américain souligne que "les forces américaines en soutien aux forces de sécurité afghanes opéraient à proximité, tout comme les talibans."