- Etes-vous choqués par les bonus et certains salaires?

Alain Berset: Le jour où la Confédération annonce son plan, Peter Kurer annonce 7 milliards de bonus. C'est scandaleux.

Michel Halpérin: Je suis surpris, le jour même où l'on recapitalise la banque, de découvrir que l'équivalent du capital est destiné à financer des bonus. Ça laisse quand même un peu songeur. Je suppose qu'on donnera des explications et j'espère qu'il y a un malentendu derrière tout ça. J'aimerais rappeler que la Commission fédérale des banques dispose de moyens de contrôle direct sur les salaires et les bonus. La CFB ne se prive pas, quand elle a l'occasion, de rappeler à un banquier qu'il est tenu d'avoir une attitude irréprochable, sinon il ne peut pas être banquier. Par conséquent, je constate que les moyens existent depuis longtemps. Il n'y a pas besoin ni qu'on légifère ni qu'on réglemente davantage. Comme vous, je juge la politique de distribution de bonus incompréhensible. On peut se demander si certaines distributions d'argent au personnel des entreprises relèvent encore de la conduite irréprochable. Certains paiements indécents en volume ont récompensé des contre-performances. C'est incompréhensible. La seule explication, c'est la concurrence internationale. Nous ne pouvons pas nous permettre de payer moins bien nos meilleurs pratiquants ou nos chercheurs.

Alain Berset: Pour justifier ces bonus, on nous a dit qu'il existe un marché des top managers. Ils gagnent 20 ou 30 millions de salaire par an et, si nous ne nous alignons pas, ils vont partir. Ce marché est un mythe. Citez-moi un seul manager suisse qui a quitté son entreprise suisse pour rejoindre l'étranger, pour des raisons salariales.

Michel Halpérin: Ce marché existe tout de même. C'est un marché de traders, de grands managers qui gagnent des dizaines de millions par année dans les banques d'affaires. Ils fixent en quelque sorte le baromètre. Si un trader se fait cinq millions de bonus à la fin de l'année, cela ne peut pas être ignoré.

Alain Berset: Ce qui est d'abord effrayant, c'est l'évolution des salaires ces dix dernières années. J'ai le plus grand respect pour les entrepreneurs qui font de l'argent en prenant eux-mêmes les risques. Mais quelqu'un comme Daniel Vasella est un salarié.

La vraie question est de savoir comment on fera à l'avenir pour éviter des salaires qui créent de fausses incitations. Grâce à la transparence, nous connaissons maintenant les montants de ces salaires. Mais les assemblées générales n'ont toujours pas la possibilité de se prononcer sur les plans de rémunération.

Michel Halpérin: Je suis d'accord avec vous. La question est de savoir qui doit décider des rémunérations dans une entreprise. Pour moi, c'est le patron. Le patron, ce sont les actionnaires. Par conséquent, je suis d'avis que les actionnaires doivent avoir un vrai pouvoir de fixer les enveloppes de rémunérations. Mais comme je disais toute à l'heure, cette loi existe déjà. Elle est simplement inexploitée par les actionnaires eux-mêmes. Dans la plupart des sociétés anonymes, on donne le pouvoir principal aux administrateurs et au conseil d'administration. Il suffirait de modifier les statuts selon lesquels le pouvoir de fixer les rémunérations passe à l'assemblée générale pour que celle-ci soit compétente.

Alain Berset: Je constate que cela ne fonctionne tout simplement pas. Il n'est pas possible pour une société cotée de donner la compétence à l'assemblée générale de se prononcer sur les rémunérations de la direction.

Michel Halpérin: Je connais des sociétés où l'assemblée générale est appelée à se prononcer chaque année, sur l'enveloppe des salaires des membres du conseil d'administration, qui atteignent 500000 francs ou un million.