Un spectateur averti en vaut deux: Par le Boudu est susceptible de déconcerter un public acquis aux clowns sympathiques et inoffensifs. Pour mettre en scène et interpréter son spectacle, l'artiste français Bonaventure Gacon, formé au Centre national des arts du cirque, s'est inspiré du personnage incarné par Michel Simon dans Boudu sauvé des eaux, de Jean Renoir. Un clochard sauvé de la noyade par un bourgeois va, tel un parasite, s'incruster dans la vie de ce dernier. Seul en scène, le Boudu déclare sans ambages: «C'est moi le méchant!», et c'est avec jubilation qu'il passe de la parole aux actes… Il y a bien de l'ogre chez ce clown aux allures de clochard grimé. Il avoue avoir enfermé une fillette dans une grotte et ne cache pas son penchant pour la bouteille. Le colosse déballe tout, il divague peut-être, heureux d'afficher sa différence, sa nature même. Mais s'il provoque autant, c'est surtout pour exister. Ses poèmes mettent ses fêlures à nu et son émotion à la vue des couchers de soleil trahit son goût pour la vie, malgré le poids du fardeau. Chaussé de patins à roulettes, Boudu s'élance dans une danse éperdue, enchaînant les acrobaties comme pour mieux conjurer son sort, dans un grand éclat de rire.