Brigitte Rosset, c'est la bonne copine. La blonde latine qui dit tout haut ce que les femmes modèles ruminent tout bas. Les «joies» du mariage, de l'enfantement, de l'amour toujours, des thérapies et bientôt de l'âge qui mûrit... Dans ses one-woman-show – le prochain est prévu pour avril 2015 –, rien en matière de destin féminin n'échappe à sa voix rauque et à son instinct. Elle vit, elle voit, elle veut, elle va. Formidable de sagacité et de générosité. Mais Brigitte Rosset tombe aussi et, lorsque ça lui arrive, quand son «canard» adoré lui retourne le cœur, elle n'hésite pas à le raconter sur un plateau. Dans le registre «je ris de mes malheurs», son solo Smarties, Kleenex et Canada Dry a fait un tabac. Jusqu'au Canada.

Brigitte Rosset, c'est la bonne copine, oui. Qu'on retrouve sur le Web, dans Le Brigitte show, une série de sketches énervés sur le quotidien à deux. Et qui signe encore des chroniques acidulées dans Le Matin. Et pourtant. Regardez la couverture de ce magazine. Cette nature comique, on l'a voulue divine. Ange tentateur, mystérieuse, mélancolique. Une autre Brigitte. A mille lieux du rôle qu'elle reprend bientôt à la Comédie. Dans On ne paie pas, on ne paie pas!, de Dario Fo, elle est Antonia. Une femme du peuple qui décide de ne plus régler ses courses au supermarché puisque les prix augmentent et que les salaires stagnent. Justice sociale, solidarité féminine, farces et attrapes pour échapper à la police, la comédienne explose dans ce personnage dressé sur les barricades domestiques. Sur notre couv, le feu couve, mais il n'en est que plus ardent… Femme fatale, un rôle d'avenir pour Brigitte Rosset? L'actrice se raconte à travers trois rôles qui ont marqué sa vie.

«Les Femmes savantes»

«Nous sommes en 1995. Je joue Bélise dans Les Femmes savantes, dans une mise en scène de Georges Wilson. J'ai 25 ans et ce rôle figure parmi mes premières expériences importantes. Je le dois à Georges Wod, alors directeur du Théâtre de Carouge, qui a eu la bonne idée de m'engager dans sa troupe alors que je n'étais pas encore professionnelle et de m'offrir cette opportunité d'être dirigée par ce grand monsieur. Georges Wilson était hyper-drôle. Il faisait tous les personnages et nous donnait énormément d'indications. J'aime les metteurs en scène qui ont cette générosité. Bélise, c'est une vieille fille un peu folle qui pense que tous les hommes sont amoureux d'elle. Georges Wilson disait qu'elle marchait comme un crabe. Ça m'a aidée. J'ai trouvé sa silhouette même si je n'avais pas l'âge du rôle. Je suis restée quatre ans au Théâtre de Carouge. En parallèle, j'ai rencontré Philippe Cohen et Sara Barberis avec lesquels, Gaspard Boesch et moi, nous avons fondé la Cie Confiture. Là aussi, une belle aventure avec une quinzaine de spectacles comiques à la clé.»

«Smarties, Kleenex et Canada Dry»

«Nous sommes en 2011. Après Voyage au bout de la noce, qui parlait du mariage, et Suite matrimoniale, avec vue sur la mère, qui évoquait la maternité, je crée mon troisième one-woman-show: Smarties, Kleenex et Canada Dry. C'est le spectacle qui a fait décoller ma notoriété. Et c'est aussi, je trouve, le plus abouti de mes solos. Sans doute parce que j'aborde la difficile question de la dépression après une rupture amoureuse. Evidemment, je ris beaucoup de tout: de la lâcheté de celui qui part, de ma naïveté, des multiples thérapies dans la clinique où je suis allée me retaper. J'ai eu peur que mes bobos soûlent les gens. Au contraire, le public s'est complètement approprié ce récit, y compris les hommes. A Montréal, les spectateurs commentaient même les situations! J'ai fait 150 représentations et j'ai eu la chance que la RTS diffuse ce solo en janvier dernier avec un beau taux d'écoute. Cela rassure. Le prochain solo racontera une fête dans laquelle chacun présente SA recette du bonheur. Cela me fait beaucoup rire le mal qu'on se donne pour être bien!»

«On ne paie pas, on ne paie pas!»

«Ce spectacle marque le début de ma collaboration avec la Comédie de Genève. Hervé Loichemol m'a vue dans Harold et Maude, mis en scène par Jean Liermier au Théâtre de Carouge en 2011, et m'a engagée depuis régulièrement aux Philosophes. J'aime beaucoup le personnage d'Antonia, dans On ne paie pas.... C'est une mère Courage à l'inventivité débordante. On voit que Dario Fo écrivait en impro, car le délire autour des salades ne peut venir que du jeu. Sur la photo, je suis avec Camille Figuereo, comédienne très douée qui joue la prude Margherita. Quant à Joan Mompart, il est incroyable! Comme acteur et comme metteur en scène. Il a beaucoup de rigueur et veille à la cohésion de l'ensemble. Il sait où il va, ce qu'il veut. C'est très agréable de travailler avec un artiste aussi précis et généreux.»

Monthey. Le Crochetan, rue du Théâtre 6. Di 19 octobre à 17h. (Loc. 024/475 79 09, www.crochetan.ch).

Bienne. Théâtre Palace, rue Wyttenbach 4. Je 23 octobre à 20h15 (Loc. 032 323 10 20, www.spectaclesfrancais.ch).