Nouveau coup de poignard dans les renégociations bilatérales entre la Suisse et l’UE: l’initiative sur le renvoi des criminels étrangers va encore une fois obliger la Confédération à se justifier face aux Vingt-Sept.

Même si la Commission européenne s’est gardée dimanche de réagir à chaud, l’ambassadeur de l’Union à Berne, Michael Reiterer, a confirmé à l’ATS que la balle est «maintenant dans le camp du parlement et du gouvernement suisses». Plusieurs journaux européens soulignaient, dimanche, les «six victoires en sept ans» obtenues par le parti de Christoph Blocher. «La Suisse, paradis des lubies populistes», s’inquiétait, dès la confirmation des résultats, le quotidien polonais Gazeta Wyborcza.

Volée de questions

Simonetta Sommaruga sera la première à devoir s’expliquer, lors d’un Conseil des ministres de la justice de l’espace Schengen à Bruxelles, jeudi prochain. Le 8 novembre, la cheffe du Département de justice et police avaient déjà fait face à une volée de questions de l’UE.

Incompatible avec l’accord sur la libre circulation, qui interdit les expulsions automatiques d’étrangers – les délinquants ne pouvant être renvoyés que s’ils présentent un danger grave pour l’ordre public –, le texte défendu par l’UDC est d’autant plus un casse-tête que le contre-projet a été rejeté.

«C’était notre planche de salut. Elle n’a pas tenu», reconnaissait hier une source helvétique. Micheline Calmy-Rey avait pour sa part anticipé lors de sa visite à Bruxelles le 15 novembre en reconnaissant qu’en matière d’expulsion de délinquants étrangers «seul un examen de la proportionnalité dans chaque cas d’espèce, tenant notamment compte des circonstances familiales, satisfait aux prescriptions de l’accord sur la libre circulation».

Le piège est d’autant plus redoutable pour Berne que plusieurs pays de l’UE se plaignent d’une «application incohérente» par la Suisse de cet accord. Le projet de conclusions sur les relations avec la Confédération, que les Vingt-Sept doivent finaliser ce lundi, dénonce même «l’introduction de mesures législatives et de pratiques incompatibles, en particulier, avec la libre circulation».

Des réactions sont à attendre aussi du côté du Parlement européen. La Suisse n’est toutefois pas si isolée. Les expulsions de Roms en France ont ces derniers mois donné le ton. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s’est d’ailleurs inquiété, à la radio, de ces «sociétés qui ont une grande tradition d’ouverture et démocratique où monte [une] poussée nationaliste, chauviniste, xénophobe, parfois même d’un populisme très très agressif».