Le Conseil d’Etat genevois ne se contente pas de geindre. Le ministre genevois de la Santé, le PDC Pierre-François Unger, a souligné hier l’attitude «constructive» du canton face aux mesures du Conseil fédéral visant à réduire les coûts de la santé. S’il condamne fermement la taxe de consultation que veut introduire Pascal Couchepin, le gouvernement genevois a annoncé qu’il soutient en revanche l’adaptation des franchises d’assurance maladie aux revenus. Une mesure également appuyée par le ministre socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard, président de la conférence des directeurs de la Santé, qui propose par ailleurs de salarier les médecins (lire ci-dessous).

«On se moque du monde!»

A l’instar des autres acteurs qui ont participé lundi à Berne à l’audition sur les mesures de Pascal Couchepin (LT du 12.05.2009), Pierre-François Unger en a gardé un goût amer. «La méthode est difficilement acceptable. Jeudi soir dernier, nous avons reçu quelque chose qui ressemblait à un ordre de marche pour le lundi midi! C’est se moquer du monde! Les 70 personnes réunies avaient droit à deux minutes de parole chacune pour traiter des cinq mesures de Pascal Couchepin. Ce qui correspond à vingt secondes par sujet», s’étrangle le conseiller d’Etat.

Ce rythme soutenu a privé Genève d’une éventuelle entente avec d’autres cantons romands, explique Pierre-François Unger: «Nous avions jusqu’à mercredi midi pour faire part de nos remarques par écrit. Vous conviendrez que le temps de concertation était assez modeste.»

«Un système plus juste»

La mesure consistant à imposer une taxe de 30 francs par consultation médicale est qualifiée de «l’une des plus mauvaises idées que l’on ait jamais vues», par le patron de la Santé genevoise. Qui y voit «une rupture du principe de solidarité ancré dans la LAMal. Les malades seraient pénalisés en payant trente francs d’avance.» Par ailleurs, cette disposition serait un casse-tête du point de vue administratif, poursuit le ministre. «Nous savons que cela ne fonctionne pas: en Allemagne, où cette mesure a été testée, cela a eu un petit effet pendant quelques années mais cela ne marche plus.»

En contrepartie, Genève propose l’introduction de franchises adaptées aux revenus des assurés. «Dans notre canton, ces dernières posent problème à un certain nombre de gens: par le biais des prestations complémentaires ou de l’assistance, l’Etat assume les franchises de 30 000 personnes», illustre Pierre-François Unger. Selon lui, leur modulation en fonction des salaires serait plus judicieuse que les contrats avec franchise à option, «contraires au message du Conseil fédéral consistant à encourager les gens à changer d’assurance maladie d’année en année», argumente l’élu. Un exemple? A Gen ève, un conseiller d’Etat gagne 240 000 francs. «Sa franchise devrait ainsi s’élever à 5000 francs.»

Une idée soutenue par le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard: «Cette mesure fait partie des pistes intelligentes visant à rendre le système plus juste. Si chacun paie de sa poche, en fonction de son revenu, les premiers montants à l’assurance maladie, cela soulagera un peu la prime.»

Consultations au n°144

Les autres pistes d’économies du Conseil fédéral ont également été passées au crible par Genève. Le Conseil d’Etat s’oppose ainsi à l’obligation qui pourrait lui être faite de réguler le domaine ambulatoire hospitalier par des contrats de prestation, «une usine à gaz», selon Pierre-François Unger. Il serait plus judicieux, selon lui, de doter le canton d’une compétence légale pour réguler l’entier du domaine ambulatoire.

Le gouvernement n’est pas plus tendre envers la possibilité que se donnerait le Conseil fédéral d’intervenir dans les tarifs ambulatoires cantonaux: dans ce domaine aussi, il réclame plutôt une compétence cantonale de planification des activités.

Une seule mesure trouve grâce, ou presque, aux yeux de Genève: le service de consultation téléphonique gratuit à disposition de tous les assurés. «En revanche, le fait qu’elles soient menées par les assureurs éveille notre méfiance: nous avons des doutes sur la neutralité de personnes payées par un employeur dont l’objectif consiste à éviter les dépenses», nuance Pierre-François Unger. Le Conseil d’Etat genevois préconise plutôt le développement de la ligne téléphonique d’urgence 144, qui se verrait confier le soin de trier, par le biais d’un médecin mobilisé uniquement dans ce but, les appels de la population.