C’était mercredi matin. Les Jeux n’avaient pas encore commencé mais le centre aquatique était déjà en proie à l’agitation. Les laborieux des bassins enquillaient les longueurs. Entraîneurs et athlètes échangeaient dans tous les coins. Lionel Horter, directeur de l’équipe de France de natation, chronomètre à la main, donnait ses instructions à l’une de ses nageuses dans l’eau. Ryan Lochte, accroupi, tentait poliment d’éconduire deux journalistes asiatiques trop téméraires, avant que son coach ne soit obligé d’intervenir.

Dans ce brouhaha moite et studieux, notre guide pour cette visite des coulisses du chronométrage était obligé d’élever la voix. Pour rappeler que la natation est le seul sport où l’athlète arrête lui-même son chrono. En terminant sa course, le nageur appuie de la main sur une plaque dotée de capteurs. Une pression maximale de 1,5 à 2 kg suffit pour déclencher le mouvement de 2 mm et stopper la montre. Un geste devenu machinal mais primordial. On se souvient de la finale houleuse du 100 m papillon à Pékin, remportée par Michael Phelps alors que Milorad Cavic croyait avoir touché la plaque en premier. Le Serbe avait porté réclamation. En vain. «En réalité, Cavic avait levé la tête pour regarder le tableau d’affichage alors que Phelps a fait encore une brasse et poussé un centième avant», explique Peter Hürzeler, membre du conseil Omega Timing. «Les nageurs ont trop tendance à lever d’abord la tête. Aux récentes sélections américaines à Ohama, Phelps a avoué que c’était la première fois qu’il terminait une course avant de regarder le tableau. C’était très serré avec Ryan Lochte. Il a appris, mais ça lui a pris du temps. Pendant longtemps, il avait un tel avantage qu’il pouvait se permettre de regarder avant de toucher la plaque.»

Meilleure impulsion

Chronométreur officiel des Jeux olympiques depuis 80 ans, Omega ne cesse d’améliorer ses équipements. Outre un nouveau starting-block fixé à un capteur électronique en athlétisme – fruit de sept ans de développement –, les équipes de Swiss Timing ont mis également au point un nouveau système pour la natation. Pour la première fois aux Jeux, les plots de départ sont équipés de cale-pieds à 5 positions. Des recherches réalisées en collaboration avec les nageurs ont prouvé qu’un départ avec un angle de 90° favorisait une meilleure impulsion. «Avant, ils n’avaient qu’un pied sur le plot et l’autre en l’air. Or les études ont montré que le deuxième pied doit avoir cet angle de 90° pour permettre au nageur de donner un maximum de puissance avec les deux pieds, poursuit Hürzeler. Le temps de réaction aujourd’hui se situe entre 62 et 72 centièmes de seconde. Alors que, avant, il était difficile de descendre en dessous de 80 centièmes de seconde. Et, au bout de 10 mètres de course, ils sont déjà entre 16 et 20 centièmes plus rapides. Maintenant qu’ils n’ont plus les combinaisons, ils sont ravis d’avoir cet avantage pour se rapprocher des records. Nous étions déjà prêts à Pékin, mais il faut du temps pour faire approuver les nouveautés au CIO.»