Enième crise, énième sauvetage. Même si on refuse de se l'avouer, le capitalisme financier montre qu'il n'est pas durable. Il n'est pas durable écologiquement, ce n'est plus à prouver. Dans un monde global, il n'a encore jamais réussi à garantir l'équité. Enfin, c'est sa logique intrinsèque qui n'est pas durable: plus personne ne maîtrise la complexité de la machine. La main invisible ne remplit plus son rôle. Certes, c'est le système le plus abouti qu'on ait inventé jusqu'alors, mais il est à bout de souffle.

Licenciements massifs, retraités qui voient fondre leur capital, Américains hyper-endettés et sans logement, les premiers dégâts sont les prémices d'un enchaînement de maux qui vont toucher le monde entier. Sauf les primes et bonus des dirigeants de banque et traders. A défaut de réparer les graves préjudices causés aux citoyens ordinaires, l'intervention de l'Etat permettra sans doute de remettre en marche la machine incontrôlable. Et, qui sait, à ceux-là mêmes qui ont engendré la catastrophe de se remettre au travail, avec de nouveaux capitaux. Des milliers de milliards qui n'iront simplement pas dans des investissements sociaux ou environnementaux, mais serviront à créer de la monnaie fictive, déconnectée de l'économie réelle et pouvant se transformer en fumée en un clin d'œil. Le capitalisme n'est pas durable, mais il sait profiter d'une crise pour mieux se régénérer.

Une certaine régulation ne soignera pas la maladie chronique, mais elle est dans l'immédiat nécessaire: surveillance des marchés, plafonds de rémunérations, bonus calculés sur le long terme... Mais, surtout, instauration d'un prélèvement systématique sur les transactions financières (taxe Tobin), pour constituer un fonds de compensation des pertes lors de crises et pour financer des projets sociaux et environnementaux. Les places financières doivent se mettre autour de la table et la mettre en œuvre sur l'ensemble du globe: ce serait une réponse appropriée et honnête à donner aux contribuables.