Un été nordique

Les Caréliens, perdants de l’histoire

Quelques éléments sur la Carélie, région à cheval entre la Russie et la Finlande, et ses habitants ethniques, devenus très minoritaires en Russie

Aussi loin que remontent les chroniques, la Carélie a été zone de frontière. La première remonte à 1323, selon un traité signé entre la Suède et la république de Novgorod. Jusqu’en 1809, la Finlande et la Carélie occidentale sont intégrées dans le royaume de Suède, puis passent dans le giron russe pendant un siècle, avec un statut de grand-duché autonome. Jusqu’alors, les frontières de la Russie étaient souples, permettant aux marchands caréliens de parcourir à pied la Finlande et la Carélie jusqu’à ses confins orientaux, la mer Blanche, où ils s’approvisionnaient en soie venue du Moyen-Orient.

En 1917, la Finlande déclare son indépendance et incorpore l’isthme de Carélie, le nord du lac Ladoga et la région de Petsamo – tout au nord – qui débouche sur les mers glaciales. La Seconde Guerre mondiale bouscule les frontières en trois actes: en 1940, l’URSS envahit la Finlande par l’est («Guerre d’Hiver»), puis se retire sous la pression allemande en 1941. La Finlande en profite pour récupérer «ses» territoires, mais s’aventure aussi en Carélie orientale, vers la région d’Arkhangelsk, avec l’aide de l’Allemagne nazie, réalisant un vieux rêve nationaliste de «Grande Finlande» («Guerre de continuation»). Lors du reflux allemand, l’Armée rouge revient occuper ces ­territoires que Staline estime indispensables pour éloigner ­Leningrad (Saint-Pétersbourg) de la frontière avec l’Ouest. L’annexion est ratifiée en 1947. Au résultat, les Caréliens – traditionnellement ­orthodoxes et dont la langue est proche du finnois – ont été les perdants du XXe siècle: ceux de la région cédée ont été évacués en Finlande. Ceux de Carélie orientale ont connu la collectivisation et les purges. En République de Carélie soviétique, la langue carélienne a été interdite de 1956 à la fin des années 1970. Aujourd’hui, les Caréliens ethniques y sont toujours plus minoritaires, ne représentant en 2010 plus que 7,4% de la population face à une écrasante majorité slave. En 1926, ils étaient 37,4%. En Finlande, les Caréliens représentent un peu plus de 10% de la population .

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