Vous rencontrez Asa, d'amples lunettes d'institutrice en bandes dessinées, un sérieux dont elle ne se départit à aucun moment, presque intimidante. Elle raconte sa naissance parisienne, le départ au Nigéria à 2 ans, dans un Etat qui porte le nom d'un dieu yoruba à l'âme de fer, Ogun. Elle évoque la collection de disques de son père, de la Motown bien sentie, Stevie Wonder mais aussi tout ce que le pays le plus peuplé d'Afrique avait imaginé en matière d'urbanité: Fela Anikulapo Kuti, oui, mais aussi Ebenezer Oyé, des guitares tropicales sur des claviers crépitants.

Asa est l'enfant des mégalopoles africaines. De Lagos, mais aussi de Londres, New York, partout où les musiques noires ont jeté leurs filets amples. Elle a débarqué il y a quatre ou cinq ans, en chantant un feu sur une montagne, d'une voix dont on pressentait qu'elle était aussi l'héritière de Tracy Chapman ou de Lauryn Hill. Une folk capiteuse, des femmes pour lesquelles la féminité ne se joue pas dans les œillades, encore moins dans les bustiers. Une forme d'austérité, certainement, mais ce chat très au fond de la gorge qui est déjà une sensualité.

Asa, née Bukola Elemide en 1982, a sorti récemment son troisième album, Bed of Stone. Elle n'en est pas restée aux recettes qui semblent éculées du petit refrain au coin du feu, du low-profile à guitare acoustique. Son art a gagné en sophistication ce qu'il a probablement perdu en instinct. Des cordes, des chœurs, des élans ternaires, des clips en noir et blanc d'une propreté soviétique, elle cherche son blues dans des velours mieux taillés mais sans le petit plus rythmique ou mélodique qui la distinguerait clairement de toutes ses rivales: Ayo, Nneka, d'autres.

Pour autant, Asa sur scène garde de solides arguments. Sa pop cosmopolite est aussi une quête d'identité touchante, miaulée avec aplomb. Rien que pour cela, on ne la boudera pas.