Les Chaises d’Eugène Ionesco raconte les abîmes du vieillissement. La répétition de propos inconsistants, le corps et la boussole qui lâchent, l’isolement. Ce texte du théâtre de la dérision traite aussi des pannes de la communication. Soit avec ces dialogues de sourds, ces invités fantômes et l’attente sans fin d’un message qui devient mirage, un univers plutôt lourd, grave, où le Vieux et la Vieille sentent le renfermé et les regrets. Dans la version de Guy Jutard, directeur du Théâtre des marionnettes de Genève, l’affaire se double ou plutôt se dédouble. Sur scène, deux personnages très âgés (Guy Jutard, Chantal Péninon) manipulent leur copie en marionnette à gaine et ce décalage permet à la charge de s’alléger. Le couple remplit bien l’espace de mini-chaises qui ne trouveront pas preneurs, mais le traitement par figures interposées gagne en poésie ce qu’il perd en aigreur. Cela dit, la tristesse reste. Car Ionesco est un bouffon sans illusions.

Genève. Théâtre des Marionnettes de Genève, rue Rodo 3. Ma-sa à 19h, di à 17h du 19 février au 1er mars. (Loc. 022 807 31 07, www.marionnettes.ch).