Un homme qui s'efface. Ou qui se masque, ce qui revient au même. Dans Singspiele, l'acteur David Mambouch arbore mille identités d'emprunt. Sur son visage, des photos comme autant de couches de peau. Il en décolle une pour en laisser apparaître une autre. Il se défait de la suivante et ainsi de suite. Autour de cet «effeuilleur», de cette silhouette qui s'allège, des habits somnolent dans l'attente d'une main qui saura les ranimer. La chorégraphe française Maguy Marin est chercheuse. Dans Singspiele, comme dans Umwelt, elle soupèse notre condition, les tréfonds de la mémoire collective parfois, les blessures qu'on recouvre, les silences qui remontent en hoquets, les terreurs qui tournent en boucle dans les têtes.

Singspiele – qu'on n'a pas encore vu - pourrait s'apparenter à une fiche signalétique: un portrait en trompe-l'œil, escorté par le Singspiele de Schubert. La police appelle ça un signalement.

Avec BiT, créé en 2014, Maguy Marin se frotte à l'histoire, comme elle a pu le faire dans Description d'un combat – d'après la guerre de Troie et L'Iliade, au Festival d'Avignon en 2009. Sauf qu'il ne s'agit pas d'événements en particulier. Mais de ce que les séismes - politiques, personnels - laissent dans les corps, de ce voile invisible qui finit par vous constituer. Trois hommes, trois femmes dansent sur des planches pentues. Ils se drapent dans des histoires refoulées, un viol, le suicide de la victime, une cérémonie macabre mais aussi un transport très doux. Maguy Marin est d'une tribu d'artistes qui interroge, qui met des gestes sur des questions, qui touche sans s'appesantir. Elle vous fait perdre pied. C'est ce qu'on espère souvent d'un spectacle.