Les charmes de Manon

L'opéra phare de Massenet ouvre la nouvelle saison de l'Opéra de Lausanne dans une mise en scène d'Arnaud Bernard et sous la baguette de Jesús López Cobos

Créé en janvier 1884 à Paris, Manon est le premier grand succès de Jules Massenet. Avec son orchestration chatoyante, sa légèreté teintée de gravité, ses envolées lyriques (très beau duo final), l'opéra-comique s'impose comme un bijou. L'Opéra de Lausanne convie la soprano belge Anne-Catherine Gillet (Manon) et le ténor américain John Osborn (le chevalier des Grieux) pour portraiturer les amants maudits, sous la baguette de Jesús López Cobos et dans une mise en scène d'Arnaud Bernard.

En ciselant le portrait psychologique de Manon, Massenet a offert un rôle en or pour les sopranos coloratures (vocalises d'une agilité cristalline dans «Je marche sur tous les chemins») dotées par ailleurs d'une présence dramatique. Le chevalier des Grieux aime Manon et réciproquement. Mais la jeune femme aime aussi le luxe, l'argent et se révèle volage…. Cette courtisane trop coquette et faible succombe aux illusions du luxe. Accablée par le remords, la pauvre pécheresse reconquiert des Grieux devenu abbé (Saint-Sulpice), mais à nouveau le destin frappe les deux cœurs immatures: des Grieux s'en sortira, mais Manon sera déportée. Ainsi finit une âme perdue que son innocence et sa naïveté ont d'une façon rachetée. La tentative destinée à la faire évader échoue et Manon meurt dans les bras du chevalier.

Tout en brossant la chute inexorable des amants, Massenet peint le tableau de la société française du XVIIIe siècle, délicieusement dépravée, dont la dissolution renforce leur déchéance tragique. Arnaud Bernard a cherché à adapter sa mise en scène. «Le spectateur d'opéra d'aujourd'hui ne supporte plus l'immobilisme sur scène, ne croit plus à ce que peuvent raconter des chanteurs et des masses chorales statiques: le cinéma est passé par là. Sur scène, je traduis cela, entre autres actions, par des mouvements de panneaux jamais ouverts ou fermés pareillement, comme différentes focales à la disposition de la perception toujours sollicitée du spectateur.»
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