L'information peut étonner: l'appartement pour une personne est devenu le style de foyer le plus répandu en Suisse depuis 1990. On en comptait 1,2 million en 2005, on en attend 1,6 million pour 2030, ce qui représenterait 41%. Pourquoi une telle croissance? Parce que le nombre de Suisses vivant seuls augmente sans cesse. La Suisse compte aujourd'hui 7,6 millions d'habitants, dont 42,6% sont célibataires, 5,4% veufs et 6,9% divorcés. De tels pourcentages entraînent une nette recrudescence des nombres de ménages à une personne: 710300 en 1980, 920300 en 1990, plus de 1,1 million en 2000.

«Il est erroné de voir là uniquement la conséquence d'une individualisation de la société, prévient Christina Schumacher, sociologue au département d'architecture de l'EPFZ. Aujourd'hui, les personnes qui vivent seules sont souvent veuves.» A cela s'ajoute la mobilité accrue de notre société actuelle. «Il arrive souvent que dans un couple chacun conserve son propre appartement pour répéter et privilégier les moments des retrouvailles.» Enfin, c'est aussi le mode de vie «single» qui a gagné en considération, selon Christina Schumacher: «Cette façon de vivre n'est plus ressentie comme déficitaire.»

Les Suisses n'hésitent plus à habiter seuls: les données de l'OFS le prouvent. Si 8,5% de tous les ménages comptaient une personne en 1930, ce nombre est passé à 14,2% en 1960, puis à 36% en 2000. Facteurs avancés: le vieillissement global de la population; le pourcentage de divorces (16% en 1970; 49% en 2007); l'âge moyen lors du premier mariage qui, de 1980 à 2007, est passé de 27,5 à 31,2 ans chez les hommes et de 25 à 28,9 ans chez les femmes. A noter aussi que l'âge moyen de la mère à la naissance de son premier enfant est monté de 25,3 à 29,9 ans entre 1970 et 2007. Au regard de ces statistiques, il n'est pas étonnant d'apprendre que le «single roof» d'Altstätten (selon l'appellation de son promoteur Peter Frei) connaît un succès retentissant.