Christian Fennesz est un passeur, une interface entre l'aridité de l'expérimentation et la jouissance poétique: muni d'une guitare et d'un laptop dont lui seul connaît les entrailles, il fait subir à celle-là une décantation radicale, accélérée par les algorithmes de celui-ci. On est ici au niveau de la matière première, un vocabulaire de sons altérés, distordus, hachés, bourdonnants – à tester sur son dernier album en date, Bécs (Mego, 2014). Cette expérience live est irremplaçable. Fennesz joue fort, et il faut bien cela pour ressentir les lames de fond des infrabasses et recenser la jungle d'événements mélodiques qui cohabitent à leur surface.