A moins de trois mois des élections cantonales neuchâteloises, les esprits s’échauffent dans la grande famille libérale-radicale. Crocs-en-jambe et petites phrases assassines se succèdent à l’interne au point d’inciter la présidence du parti à organiser, cette semaine, une séance avec les cinq candidats au Conseil d’Etat pour mettre les choses à plat. Numéro 2 du Ministère public de la Confédération (MPC) et invité de dernière minute sur la liste PLR, Claude Nicati est une cible privilégiée. Sous le couvert de l’anonymat, on lui reproche «son ego surdimensionné», «son inexpérience du jeu politique» et sa propension «aux déclarations à l’emporte-pièce».

Cette dernière critique va gagner en résonance au mois de mars à l’occasion de la session de printemps des Chambres fédérales. Didier Berberat va déposer une question à l’intention de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Le conseiller national socialiste demandera des explications concernant l’attitude de Claude Nicati, qui a affirmé le 11 novembre dernier sur l’antenne de la Radio romande que les résultats du MPC étaient «bien meilleurs» que ceux des ministères publics cantonaux.

Magistrats mécontents

«En une phrase, il s’est mis à dos les 26 procureurs de Suisse alors même qu’il doit collaborer avec eux, regrette le parlementaire fédéral. En posant cette question, je relaye le vif mécontentement des magistrats cantonaux. Je précise que je l’aurais fait même s’il n’y avait pas d’élections dans le canton de Neuchâtel. Je n’ai rien à gagner, je ne suis pas candidat. Je souhaite simplement que les ­institutions judiciaires de ce pays entretiennent des relations harmonieuses.»

La grogne des procureurs est réelle. Selon des sources judiciaires, les «gesticulations médiatiques» de Claude Nicati ont fait l’objet «de commentaires irrités» lors de la Conférence des autorités de poursuite pénale suisse tenue à Bâle-Campagne le 28 novembre.

Hors du contexte électoral, le combat de coqs entre procureurs fédéraux et cantonaux n’aurait guère suscité de commentaires. Depuis la création du MPC, en 2002, c’est devenu une habitude. Avec le Château en ligne de mire, l’affaire a pris une dimension politique. «Ce n’est pas anecdotique, juge un élu bourgeois. Cela montre que Claude Nicati fonce droit devant lui sans prendre le temps de réfléchir. A part dans le canton de Neuchâtel, tout le monde sait que sa cote est surévaluée. Au MPC, beaucoup espèrent d’ailleurs qu’il soit élu afin de lui voir les talons.»

«Il n’a brillé nulle part»

A entendre ses adversaires, le parcours de Claude Nicati n’est pas aussi étincelant qu’il y paraît. Adjoint du commandant de la police municipale de Bienne, suppléant du commandant de la police cantonale de Neuchâtel puis juge d’instruction, l’ancien radical n’aurait «brillé nulle part». Son bilan ne se serait guère amélioré au MPC. «Il a connu plusieurs échecs sans jamais en tirer les leçons», note un observateur.

Claude Nicati fait face aux attaques avec calme. Mieux: il persiste et signe. «Je n’ai fait que dire la vérité. Le MPC a connu plus de succès que les ministères publics des cantons en 2008. Il n’y a qu’à regarder les chiffres. Lors de recours devant le Tribunal fédéral, nous avons eu gain de cause une fois sur deux. Les cantons ont un taux de réussite de 10%. Ce n’est pas une revanche de dire cela. C’est la preuve que, contrairement à ce que disent certains, le MPC fonctionne bien. Et j’en suis fier.»

Le numéro 2 du Ministère public de la Confédération considère que les personnes qui ont des reproches à lui faire n’ont qu’à le faire les yeux dans les yeux. «A l’époque où j’ai tenu ces propos, j’ai fait une tournée dans différents ministères publics. Je m’assurais que nous n’avions pas de différends à régler. Personne ne m’a rien dit. Je pars donc du principe qu’il n’y a pas de ­problème. Il faut arrêter de ­polémiquer.»

Un concurrent «dangereux»

Pour Claude Nicati, cela ne fait aucun doute. On s’en prend à lui car il est «un concurrent dangereux» dans une élection au Conseil d’Etat où le PLR a de bonnes chances d’élire deux représentants. Rassembleur, il demande la paix des braves. «Le slogan de notre campagne est «Ensemble», j’espère que cela ne restera pas lettre morte. En politique comme en hockey sur glace, on peut donner des coups. Cela fait partie du jeu. Mais on ne tape pas dans le dos… D’ici au 5 avril, je souhaite qu’on parle un peu plus de politique. Ce canton connaît des difficultés. Notre priorité doit être de les résoudre.»