Pas même Zurich et le Valais, les deux cantons d'où est partie la fronde, n'ont voulu de l'initiative du Parti radical sur le droit de recours des associations. Pour le PRD, l'échec est cuisant: l'initiative a été refusée par 66% des votants (1,5 million de voix contre 775000) et a été boudée dans tous les cantons, sans exception.

Le rejet le plus net vient des cantons de Neuchâtel (76,7%), Bâle-Ville (75,9%) et du Jura (72,3%). Fribourg (71,6%), Genève (70,4%) et Berne (70,3%) ne sont pas loin derrière. A Zurich, le non l'emporte à raison de 61,8%. Il traverse tous les districts et seules dix-sept communes ont dit oui à cette proposition radicale. Celle-ci trouve son origine dans la querelle qui a entouré le projet de nouveau stade du Hardturm, projet finalement abandonné par ses promoteurs au profit, dans la perspective de l'Euro 2008, de la rénovation du stade du Letzigrund.

En Valais, ce sont les recours des écologistes contre des initiatives de développement touristique qui ont motivé la mobilisation des radicaux du canton. Ceux-ci ont de quoi faire grise mine. L'ensemble du canton a dit non par 59,9%, soit davantage que dans trois petits cantons de Suisse centrale, Nidwald (52,6% de non), Schwyz (57,6%) et Obwald (58,4%). Un seul district valaisan, celui d'Hérens, a soutenu la démarche radicale (52,9% de oui). Et c'est largement dû au raz de marée obtenu par l'initiative sur le territoire communal d'Evolène (92,7% de oui). Seize autres communes ont approuvé le projet, dont Troistorrents (où se trouve Morgins, le village de Philippe Nantermod), Val-d'Illiez, Mollens (Crans-Montana), Orsières et Vissoie. Mais d'autres communes touristiques comme Bagnes (Verbier), Champéry ou Nendaz ont rejeté ce durcissement du droit de recours.

A l'heure du commentaire, le conseiller fédéral Moritz Leuenberger arborait un large sourire. «Au nom du Conseil fédéral, je me déclare satisfait de ce résultat», a-t-il déclaré dimanche soir. Il faut dire qu'il a été particulièrement malmené sur ce dossier. Le Conseil fédéral a en effet changé deux fois d'avis: il a d'abord donné un préavis négatif, avant d'apporter son soutien puis de changer une nouvelle fois de position.

Ces pirouettes ont rendu la tâche de Moritz Leuenberger assez difficile. Le ministre de l'Environnement avait donc de quoi se réjouir que le peuple et les cantons rejettent à leur tour cette initiative du Parti radical. «Du Parti radical du canton de Zurich», s'est empressé de préciser, non sans ironie, Pascal Couchepin lors de la conférence de presse de dimanche soir.

Cette boutade n'est pas dénuée d'arrière-pensées: le soutien du Parti radical suisse n'est pas allé de soi, car, au sein du parti, certains ont considéré que les garde-fous apportés au droit de recours étaient suffisants et que le parti prenait un risque en faisant sienne cette initiative chère à l'ancienne présidente du PRD zurichois, la conseillère nationale Doris Fiala. Le PRD a pourtant fini par la soutenir, comme l'UDC, le Parti libéral suisse et les organisations économiques.

Mais le peuple et les cantons n'ont pas voulu les suivre. L'initiative proposait d'interdire aux organisations écologistes de recourir contre des projets approuvés démocratiquement, soit par un législatif, soit dans le cadre d'une votation populaire. Cette initiative a toutefois fait l'objet d'un contre-projet qu'on peut qualifier de préventif. Sur la base d'une initiative parlementaire de l'ancien conseiller aux Etats Hans Hofmann (UDC/ZH), il a été décidé que les organisations devraient respecter un certain nombre de règles à l'avenir.

Elles ne peuvent recourir sans l'accord de leur association faîtière nationale; elles ne peuvent exercer ce droit que dans les domaines environnementaux spécifiés dans leurs statuts; elles doivent poursuivre des buts exclusivement non lucratifs; elles sont invitées à participer aux frais de procédure si elles perdent en justice; elles ne peuvent plus conclure comme par le passé des accords financiers avec les maîtres d'ouvrage. Ces mesures sont entrées en vigueur le 1er juillet 2007.

Parallèlement, les seuils à partir desquels des études d'impact sur l'environnement sont obligatoires ont été relevés de 300 à 500 pour le nombre de places de parc et de 5000 à 7500 mètres carrés pour la surface commerciale.

«On a ainsi corrigé les lacunes du droit de recours et réduit les risques d'abus. Le résultat du vote est la reconnaissance que l'environnement et l'économie ne doivent pas se développer l'un contre l'autre, mais en harmonie l'un avec l'autre. C'est aussi la reconnaissance que les décisions populaires doivent respecter l'Etat de droit, comme ce fut déjà le cas lors du vote sur l'initiative sur les naturalisations par le peuple», résume Moritz Leuenberger. Deux initiatives cantonales, en provenance d'Argovie et de Zurich, sont encore pendantes devant le parlement: le ministre part de l'idée que, après le scrutin de ce week-end, elles devraient être «définitivement rejetées».

Pour les organisations de protection de l'environnement, ce résultat est «une victoire pour la nature et l'environnement». Elles annoncent qu'elles «continueront à chercher le dialogue avec les milieux économiques et avec le PRD». Celui-ci a fait part de son amertume, noyant sa réaction dans un long communiqué principalement consacré au rejet de l'initiative sur la retraite à la carte. Il attend, comme le Parti libéral avec lequel il a décidé de fusionner, que, à l'avenir, les associations écologistes utilisent le droit de recours «avec retenue et sans en abuser à des fins idéologiques». De son côté, economiesuisse estime qu'il reste des efforts à faire «pour améliorer la législation et réduire les entraves à l'investissement». Il s'agirait par exemple d'uniformiser les prescriptions en matière de construction.