Les lieux clés de Francine Simonin

Art Une exposition au Musée d’art de Pully couvre 25 ans de peintures, dessins, gravures

C’est une rétrospective partielle qui couvre le dernier quart de siècle, dans la carrière d’une artiste majeure de la tendance gestuelle en Suisse romande. La nouvelle exposition du Musée d’art de Pully révèle le dynamisme de la peinture de Francine Simonin. Si les toiles côtoient des œuvres sur papier, des gravures, des dessins, le tout est unifié par le style d’une part, la manière dont les médiums sont utilisés de l’autre.

D’un rien à l’autre

La pâte acrylique se fait fluide, presque aquarelle, et recouvre souvent des papiers, parfois encollés sur un support de toile; l’encre de Chine s’allie à cette couleur acrylique, les gravures préservent le geste du dessin, les motifs sont signes, écriture…

Quant aux couleurs, elles ajoutent, toujours, à la force des compositions, qu’elles présentent une harmonie bleue, froide (Falaises du nord, 2010), des tonalités brunes pour dire l’orage ou la succession de dunes, des bleus aqueux pour suggérer l’éclat particulier du lac Léman, ou un jaune pétant.

Chaque fois, on est surpris, et capturé, par la force et le pouvoir de conviction de ces peintures, comme si nous aussi, en tant que spectateurs, suivions le processus décrit par l’artiste: «Quand je commence à peindre, je ne suis rien du tout. Et quand j’ai fini de peindre, je redeviens rien du tout.» Entre ce rien et ce rien, justement, il y a un tout, une plénitude dont l’expérience se révèle inoubliable.

Paysages personnels

Francine Simonin approche des 80 ans (elle est née en 1936 à Lausanne, et y a étudié à l’Ecole cantonale des beaux-arts) et l’on sent, sans avoir besoin de lire sa biographie, que sa vie tout entière est unie à la peinture. Conçue par Nicolas Raboud et Pierre Starobinski, cette exposition est articulée autour des lieux, et donc du paysage, mais un paysage plus que classique: les ateliers de Montréal et d’Evian, les sites visités, aimés, Cortaillod, le Roussillon, Foz Côa, l’ensemble du Léman.

Dans ces paysages abstraits, on reconnaît, ou croit reconnaître, ici le détail d’un corps, le circonflexe d’un parasol, le dos d’une chaise, une écriture dansante, magique, une manière de chorégraphie. S’il fallait la comparer à d’autres peintres actuels, on évoquerait la plus jeune Fabienne Verdier, mais avec plus d’authenticité et – au-delà du rôle joué par l’émotion – davantage peut-être de maîtrise, une prise de distance critique. Parce que si «quelque chose reste mort devant l’œil, c’est à foutre au panier, même si j’y ai passé trois cents heures».

Francine Simonin. Musée d’art de Pully (chemin Davel 2, Pully, tél. 021/721 38 00). Me-di 14-18h. Jusqu’au 17 août.