Dix ans de relative accalmie sur le front des drogues n'ont pas ébranlé le remarquable consensus réuni après la dissolution des scènes ouvertes autour d'une politique alors remarquablement audacieuse. Les votes de dimanche font un écho presque parfait à ceux de la fin des années 1990: oui à l'aide à la survie et à la prescription d'héroïne, non à la dépénalisation, notamment, du cannabis.

Cette continuité cache toutefois une réalité différenciée. En plébiscitant l'ancrage des quatre piliers dans une loi révisée sur les stupéfiants, les Suisses ont avalisé une approche dont ils semblent penser, aujourd'hui comme hier, que les avantages contrebalancent très largement les inconvénients même si ces derniers ne sont pas inexistants. Mais ils ont surtout confirmé qu'à leurs yeux, la toxicomanie est avant tout une question de santé publique, à traiter par les professionnels.

S'agissant du cannabis, la confiance ainsi manifestée à ces professionnels a tourné court. C'est contre leur avis – manifesté, il est vrai, avec beaucoup de retenue – que les électeurs ont refusé de revoir le statut légal du chanvre.

Ce n'est pas une surprise: consommé par plus d'une personne sur trois entre 15 et 25 ans, le cannabis est étroitement impliqué dans les difficultés éducatives, relationnelles et scolaires de certains adolescents et dans les soucis des parents concernant ces différents domaines. Et c'est sur cet ensemble que le vote d'hier manifeste la volonté majoritaire de diffuser un message de rigueur et de respect des limites.

Message sans doute salutaire. Mais passablement brouillé par une application à géométrie variable selon les cantons qui ne parvient nulle part à diminuer sérieusement l'accessibilité d'un produit dont la dangerosité est accrue par des dosages toujours plus importants en principe actif. Et par la contradiction persistante entre la théorie – le cannabis est une drogue comme une autre – et la pratique – de nombreux adultes en consomment sans problème majeur. Pour ces raisons, il faut souhaiter que le vote ne signe pas la fin du débat mais sa réorientation vers la recherche, là aussi, de solutions pragmatiques, dégagées autant que faire se peut des a priori idéologiques.