Au début, il n'y avait que quelques habituels Neinsager. A la fin, ce petit groupe entraîne avec lui la majorité des Vaudois. Pour le Conseil d'Etat et tout l'establishment cantonal, le désaveu ne pouvait être plus cinglant.

Le projet de Bellerive est enterré et ce n'est pas demain la veille que le Palais de Rumine brillera comme attraction culturelle au cœur de la cité. Cela veut-il dire qu'aucun nouveau musée ne verra jamais le jour? Pas forcément. Mais quelque forme que prenne le rebond, il sera confronté aux mêmes difficultés que la version qui vient de sombrer. La carte des résultats montre que c'est moins sa silhouette ou son emplacement controversés qui ont tué le MBA de Bellerive que le clivage que l'on constate territorialement dans le canton à ce sujet.

Ce que l'on avait à tort pu craindre pour le M2 - le canton défaillant derrière un projet majeur - se réalise cette fois avec éclat pour le musée. Comme si celui-ci n'avait d'intérêt que pour la population choyée des rives lémaniques. La culture qui divise au lieu de réunir.

Ce manque de cohésion, le gouvernement cantonal doit de toute urgence s'en inquiéter. Tardif et faible dans sa communication, il n'a pas su trouver le souffle animant une vision à laquelle chaque Vaudois aurait pu s'identifier. Seule circonstance atténuante: la politique culturelle cantonale n'a pas vraiment de tradition, l'initiative des ambitions étant jusqu'ici laissée à la Ville de Lausanne. Celle-ci semble du reste narguer le canton dans son vote de rejet.

Après le naufrage, il importe que le canton trouve rapidement une solution honorable pour mettre en valeur ses collections patrimoniales. Pour le reste, l'échec sera salutaire s'il permet de lancer la réflexion sur les collaborations intercantonales dans la réalisation des institutions culturelles de prestige en Suisse romande, là où règne encore le chacun pour soi.Yelmarc Roulet