Carte postale

Commerces informels

«Notre vision est de garder au chaud les gens de toute nationalité», explique Junus Moshidi, un marchand forain qui semble parler comme un livre de marketing. Depuis le début de la Coupe du monde, il affirme avoir vendu 300 sweatshirts portant les noms et drapeaux des grands pays participants. Un fan californien hésite à débourser les 25 euros demandés: «Je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse aussi froid», confie-t-il. Depuis mardi, l’Afrique du Sud frisonne et le commerce s’en ressent dans les Fanparks. Hier après-midi, moins d’un millier de fans s’était rassemblé au centre-ville de Johannesburg, où il faisait à peine 8 degrés.

La forte affluence pour le match d’ouverture, vendredi, ne s’est plus répétée. Moshidi est l’un des rares à afficher le sourire : la plupart des commerçants font plutôt grise mine. Precious Kunene sert des «boerworst» (saucisse), de la «pap» (bouillie de maïs) et des «stews» (viande bouillie): «J’ai vendu pour moins de 1000 rands (940 euros) par jour. Or j’ai dû payer 30 000 rands pour louer ce stand couvert. Je me sens flouée parce que la Ville a autorisé les vendeurs de rue dans les Fanfests. Or, ce n’était pas prévu et ils ne paient que 400 rands pour le mois. En plus, ils s’étaient installés tout près de l’écran.» Les marchands ambulants ont finalement été repoussés à l’autre bout de la place. Elsie Mmalenylo, 48 ans, vend sur le trottoir des vuvuzelas et autres souvenirs d’Afrique du Sud: «Maintenant, personne ne nous voit et on ne vend plus rien!» se plaint cette mère de famille, fière d’être «commerçante informelle» depuis quinze ans.

«Je m’amuse beaucoup», confie Shabir February, 30 ans. Consultant en assurances, il a pris un mois de congé pour peindre pour 10 rands des drapeaux sud-africains, à la gouache, sur les joues des fans. Ce n’est pas très professionnel mais le cœur y est. Un ingénieur de métis, Kyle Vallabh, s’est associé avec un ami noir, Thembani Simango, pour dessiner et faire coudre 50 000 écharpes à 20 euros surmontées d’un capuchon, aux couleurs des équipes: «On n’en a vendu que 10 par jour, explique-t-il. Il y a moins de touristes que prévu, mais le froid joue en notre faveur». Tous, en tout cas, espéraient un retour de la foule, pour le match Afrique du Sud-Uruguay, hier soir.